Selon une enquête de l’Institut arabe des chefs d’entreprises (IACE), 96 % des entreprises interrogées ont subi des coupures d’électricité en juillet et août 2026. Les interruptions ont entraîné en moyenne 13 jours d’activité perdus et poussé 51,9 % des répondants à reporter leurs projets d’investissement.
Les coupures d’électricité survenues durant l’été 2026 ont lourdement affecté l’activité des entreprises tunisiennes. Dans une enquête consacrée aux conséquences économiques de ces perturbations, l’Institut arabe des chefs d’entreprises (IACE) met en évidence l’ampleur des pertes de production, les dommages matériels et les difficultés rencontrées par les entreprises pour maintenir leurs activités.
Menée auprès d’entreprises opérant dans l’industrie, le commerce et les services marchands, l’étude estime à 1 269,6 millions de dinars la perte directe de valeur ajoutée liée aux arrêts d’activité provoqués par les interruptions de l’approvisionnement électrique.
Au-delà de ce manque à gagner, les résultats soulignent les répercussions sur le chiffre d’affaires, les engagements commerciaux et les décisions d’investissement, dans un contexte où la sécurisation de l’approvisionnement électrique devient une préoccupation croissante pour le tissu économique.
Des coupures quasi généralisées et jusqu’à 20 jours d’activité perdus
Selon l’IACE, 96 % des entreprises sondées déclarent avoir subi des coupures d’électricité durant les mois de juillet et août 2026. Parmi elles, 58,3 % indiquent avoir été confrontées à plusieurs interruptions par jour.
La perte moyenne atteint 13 jours d’activité sur la période étudiée. Plus préoccupant encore, 29 % des entreprises interrogées déclarent avoir perdu au moins 20 jours, soit l’équivalent d’un mois ouvré complet.
Les conséquences ne se limitent pas aux arrêts de production. Près des deux tiers des répondants signalent des dommages matériels affectant notamment les moteurs, les compresseurs et les machines de production, ainsi que les équipements informatiques et les serveurs.
Ces perturbations fragilisent les conditions de fonctionnement des entreprises et peuvent entraîner des dépenses supplémentaires pour réparer les équipements, réorganiser le travail ou compenser les retards accumulés.
Le chiffre d’affaires et les engagements commerciaux sous pression
Les répercussions commerciales sont également importantes. Selon les résultats détaillés de l’enquête, 63,5 % des entreprises déclarent une baisse de leur chiffre d’affaires, une proportion qui atteint 83 % dans le secteur industriel.
Les entreprises exportatrices sont elles aussi confrontées aux conséquences des interruptions d’activité. Parmi elles, 29,4 % déclarent avoir manqué des délais de livraison, avec des pénalités financières ou des pertes de clients à la clé.
Pour limiter les effets des perturbations, 8,3 % des entreprises exportatrices ont eu recours à la sous-traitance ou à l’importation. Par ailleurs, 30,5 % des entreprises interrogées font état d’une hausse du coût de leurs intrants, alors que les augmentations des prix de vente restent rares.
Ces difficultés illustrent la pression exercée sur les marges des entreprises, qui doivent absorber une partie des coûts supplémentaires sans nécessairement pouvoir les répercuter sur leurs clients.
Plus de 1,2 milliard de dinars de valeur ajoutée perdue
L’estimation de l’IACE chiffre à 1 269,6 millions de dinars la perte directe de valeur ajoutée imputable aux arrêts d’activité provoqués par les coupures d’électricité.
La répartition sectorielle se présente comme suit :
Industrie manufacturière : 671,5 millions de dinars.
Services marchands : 316,1 millions de dinars.
Commerce : 282,1 millions de dinars.
L’industrie manufacturière concentre ainsi la part la plus importante des pertes estimées.
L’IACE précise que ce calcul correspond à la valeur ajoutée que les entreprises n’ont pas pu générer en raison des interruptions d’activité. Il ne couvre toutefois pas l’ensemble des préjudices subis, notamment les dégâts matériels, les pertes de clientèle et les éventuelles pénalités commerciales.
Le coût économique global pourrait donc dépasser le montant estimé si ces dommages indirects et ces dépenses supplémentaires étaient intégrés au calcul.
Les entreprises contraintes de revoir leurs investissements
Face aux risques liés à l’instabilité de l’approvisionnement électrique, les entreprises envisagent de renforcer leurs moyens de secours. Avant l’été 2026, 56 % des entreprises interrogées ne disposaient pas d’équipements de secours.
À la suite des coupures, 74 % envisagent d’investir dans les douze prochains mois afin de sécuriser leur approvisionnement électrique. Parmi elles, 18 % indiquent que leur décision est déjà prise, tandis que 56 % en sont encore au stade de l’étude.
Les solutions envisagées peuvent notamment inclure l’installation de groupes électrogènes, de panneaux photovoltaïques, de batteries ou d’autres équipements destinés à limiter les interruptions d’activité.
Cependant, cette adaptation a un coût. Les dépenses consacrées à la sécurisation de l’approvisionnement risquent de mobiliser des ressources financières qui auraient pu être affectées à l’extension des capacités de production, à la modernisation des équipements ou au développement de nouveaux projets.
Dans le même temps, 51,9 % des entreprises interrogées déclarent reporter leurs projets d’investissement.
Pour l’IACE, cette situation représente un risque pour la compétitivité du tissu productif tunisien. Si les équipements de secours permettent de réduire l’exposition aux coupures, leur coût, leur efficacité technique et les capacités de financement des entreprises constituent des facteurs déterminants.
L’enquête relève également que toutes les entreprises interrogées ayant exprimé une position sur la question anticipent une récurrence des tensions sur le système électrique en 2027.
Les indemnisations restent à confirmer
La question de la prise en charge des dommages constitue un autre point soulevé par l’étude.
Aucune des entreprises interrogées n’a confirmé avoir reçu une indemnisation pour les conséquences des coupures d’électricité. Par ailleurs, 1 % des répondants déclarent avoir des demandes d’indemnisation en cours de traitement ou refusées.
Ces résultats mettent en lumière les interrogations relatives aux mécanismes de compensation et à leur mise en œuvre. Ils soulignent notamment la nécessité de clarifier les procédures applicables et de distinguer les dommages déclarés, les demandes en cours d’examen, les refus et les indemnisations effectivement versées.
La continuité de l’approvisionnement, un enjeu de compétitivité
À travers cette enquête, l’IACE met en évidence les conséquences économiques des perturbations électriques sur les entreprises tunisiennes, tant en matière de production et de chiffre d’affaires que de préservation des équipements et de planification des investissements.
Les résultats montrent que les coupures ne se traduisent pas uniquement par des pertes immédiates : elles conduisent également les entreprises à réorienter leurs ressources vers des solutions de sécurisation, parfois au détriment de leurs projets de développement.
La continuité de l’approvisionnement électrique apparaît ainsi comme un enjeu majeur pour la compétitivité des entreprises, la capacité d’investissement et la résilience du tissu productif tunisien.
Fondé en 1984, l’Institut arabe des chefs d’entreprises est un think tank économique indépendant qui place l’entreprise au cœur du développement économique et social en Tunisie et dans la région.
Source : Communiqué













































