Vitrines brisées, commerces pillés, bâtiments publics dégradés ou incendiés : les principales villes françaises se réveillaient dimanche au milieu des décombres, au lendemain d’une mobilisation contre la vie chère marquée par des violences d’une ampleur exceptionnelle, qui ont fait quelque 600 blessés parmi les forces de l’ordre et donné lieu à près de 2.000 interpellations, selon le ministère de l’Intérieur.
Dans les rues de Paris, Marseille, Lyon ou Bordeaux, employés municipaux, commerçants et habitants s’activaient dès les premières heures de la journée pour effacer les traces d’une journée de contestation qui a largement éclipsé les revendications sociales des manifestants.
« Des rues entières ont été méthodiquement ravagées », a déploré le maire de Paris, Emmanuel Grégoire (PS), alors que les autorités et les élus locaux s’interrogeaient sur l’ampleur des destructions et la capacité des forces de l’ordre à contenir les violences.
Dans toute la France, environ 1.500 commerces ont été pris pour cible, selon Alexandre Bompard, président de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), qui évalue les dégâts à « plusieurs centaines de millions d’euros ».
À Marseille, où la mairie a été envahie, la porte principale de l’édifice était consolidée dimanche par des planches. Des véhicules de police stationnaient devant le bâtiment, tandis que les rues alentour portaient les traces des affrontements et des dégradations.
À Bordeaux, la résidence préfectorale a été vandalisée. À Limoges, l’hôtel de ville a été incendié en marge de la mobilisation. À Lille et à Angers, des manifestants ont également fait irruption dans des bâtiments publics, selon les autorités.
« Une ampleur inédite »
Le préfet du Rhône, Étienne Guyot, a évoqué une mobilisation d’une « ampleur inédite partout en France », lors d’une visite des quartiers touchés.
À Lyon, des habitants se sont spontanément mobilisés pour débarrasser les rues du centre-ville des débris. « Je me suis levée ce matin, j’avais une gueule de bois, j’étais abasourdie, j’avais pas de mots et je voulais me sentir utile », a témoigné Clémentine, 47 ans, venue prêter main-forte aux opérations de nettoyage.
À Paris, un millier d’agents de la propreté ont été mobilisés avant l’aube, épaulés par des riverains. Dans le quartier République, des commerces présentaient encore des vitrines éventrées, tandis que des magasins pillés restaient sous surveillance.
Mais le retour au calme demeurait fragile. Dimanche en début d’après-midi, de nouvelles tensions ont éclaté place de la République, à Paris, où des manifestants et les forces de l’ordre se sont poursuivis dans les rues adjacentes. Des gaz lacrymogènes ont été utilisés et la CRS 8, unité spécialisée dans les violences urbaines, a de nouveau été déployée.
La manifestation du 17 octobre intervenait huit ans après l’émergence du mouvement des « gilets jaunes », sur fond de contestation contre la vie chère et après plusieurs semaines d’agitation lycéenne.
Les élus réclament des explications
L’ampleur des destructions a rapidement déclenché une polémique politique sur le dispositif de maintien de l’ordre.
À Paris, la première adjointe au maire, Lamia El Aaraje, a dénoncé un « manque de moyens » policiers pour mettre un terme aux pillages.
À Limoges, le maire LR Guillaume Guérin a estimé que la police nationale avait manqué de moyens et « reculé » face aux casseurs. « L’État a abandonné ses policiers nationaux face à des hordes de sauvages », a-t-il lancé.
Le maire de Marseille, Benoît Payan (divers gauche), avait demandé dès samedi à obtenir des explications sur les événements. « Je veux savoir ce qui s’est passé. Je veux savoir pourquoi, dans cette ville, des gens ont pu impunément casser », a-t-il déclaré.
À Lille, le préfet du Nord a reconnu que la mobilisation avait dépassé les prévisions, contraignant les forces de l’ordre à adapter leur dispositif.
La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a annoncé la création d’une commission d’enquête parlementaire sur les violences, qui devra également examiner la stratégie de maintien de l’ordre. Au Sénat, le groupe socialiste a appelé à la mise en place d’une instance similaire.
Le gouvernement sous pression
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, se retrouvait dimanche au centre des critiques. La secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier, a estimé qu’il n’avait « pas d’autre issue » que la démission, lui reprochant de ne pas avoir prévu un dispositif adapté.
Le Rassemblement national a également réclamé son départ, affirmant que, « dans une démocratie normale, Laurent Nuñez aurait déjà démissionné ».
Le ministre devait se rendre lundi à Marseille, l’une des villes les plus touchées par les violences. Le président Emmanuel Macron devait, lui, s’adresser aux Français dimanche soir, après une réunion avec ses principaux ministres.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a estimé que c’était « un miracle que le bilan ne soit pas plus lourd ».
À Paris, une personne ayant participé à la manifestation est décédée samedi à la suite d’un malaise, sans lien avec les violences selon les autorités. La veille, à Saint-Étienne, un adolescent de 17 ans a eu la main arrachée par une grenade.
Au lendemain d’une mobilisation dont les revendications sociales ont été reléguées au second plan, les opérations de nettoyage se poursuivaient dimanche, tandis que les questions sur les responsabilités et les moyens déployés par l’État s’imposaient au cœur du débat politique.
Source : AFP














































