Dans son récent rapport de mise à jour économique pour la région Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan (MENA), publié par la Banque mondiale, l’institution dresse un bilan contrasté de la conjoncture globale. Secouée par des tensions géopolitiques majeures qui pèsent sur l’activité des géants pétroliers du Golfe, la croissance globale de la zone MENA enregistre une contraction de -2,1 %. C’est dans ce paysage instable que la Tunisie trace sa propre trajectoire, caractérisée par une reprise modeste, mais entravée par des défis structurels de taille : la raréfaction des ressources en eau et le mode de financement des dépenses publiques.
Une reprise tunisienne modérée portée par des moteurs traditionnels
Pour l’année, la Banque mondiale maintient des prévisions de croissance du PIB tunisien à 2,3 %. Ce rebond relatif fait suite à la dynamique positive amorcée l’année précédente et s’appuie principalement sur la reprise robuste du secteur agricole — notamment la production d’olives et de dattes — ainsi que sur la résilience des exportations industrielles. Parallèlement, l’inflation poursuit sa trajectoire de décélération progressive pour atteindre 5,1 %, ouvrant la voie à un assouplissement de la politique monétaire.
Cependant, cette embellie ne parvient pas encore à dynamiser pleinement le marché de l’emploi : le taux de chômage demeure structurellement rigide à 14,9 %, pénalisant lourdement la population active et plus particulièrement les jeunes diplômés. À moyen terme, sans réformes structurelles profondes pour stimuler l’investissement privé, la Banque mondiale anticipe un plafonnement de la croissance tunisienne autour d’une moyenne de 2,1 % pour la période 2027-2028.
L’urgence vitale du stress hydrique et le coût de la stratégie « Eau 2050 »
La durabilité du modèle agricole et de la sécurité alimentaire en Tunisie est directement menacée par un changement climatique aiguisé. La Banque mondiale identifie la pénurie d’eau comme le défi à long terme le plus critique pour le pays, estimant qu’elle pourrait amputer le PIB tunisien de 6,4 % d’ici 2050. Pour inverser cette tendance, la stratégie nationale « Eau 2050 » vise à multiplier par quatre le recours au dessalement et par vingt la réutilisation des eaux usées traitées d’ici le milieu du siècle.
Toutefois, le mur d’investissement est colossal : l’institution estime le besoin de financement global à 23 milliards de dollars, soit environ 900 millions de dollars par an. Un tel montant représente 60 % de l’enveloppe annuelle totale des investissements publics nationaux, ce qui dépasse largement les capacités propres du budget de l’État et nécessite une forte mobilisation de capitaux extérieurs ou de partenariats public-privé.
Le dilemme budgétaire et les risques du financement direct par la Banque Centrale
La viabilité des finances publiques reste sous haute tension. Pour faire face aux remboursements de sa dette extérieure — accentués par le remboursement d’un euro-obligation qui a fait chuter les réserves de change à 92 jours d’importations — et pallier le manque d’accès aux marchés financiers internationaux, l’État recourt de manière sans précédent au financement direct de son déficit par la Banque Centrale de Tunisie.
La Banque mondiale avertit que cette stratégie de dépendance accrue au crédit intérieur comporte des risques macroéconomiques majeurs. En captant une part prépondérante des liquidités du secteur financier national, ce mécanisme crée un effet d’éviction qui prive les entreprises privées locales de crédits essentiels à leur développement, bridant ainsi les gains de productivité et la création d’emplois durables.
La transition vers l’IA : Une opportunité pour la main-d’œuvre qualifiée
Malgré ces contraintes financières, le rapport met en avant une lueur d’espoir liée au capital humain : le dynamisme des compétences numériques en Tunisie. Le pays s’impose comme un pôle de premier plan dans la région pour l’ingénierie en Intelligence Artificielle et les technologies de rupture. Environ 15 % des étudiants universitaires sont désormais inscrits dans des filières informatiques et multimédias intégrant l’IA générative et la cybersécurité.
La demande pour ces compétences est en plein essor, positionnant la Tunisie comme un exportateur net de talents numériques de haute technicité vers le reste de la région et l’Europe. Le grand défi pour les décideurs politiques consistera à retenir cette valeur ajoutée sur le territoire national pour moderniser le tissu productif local et diversifier l’économie.













































