Classée 82e sur 110 économies dans l’indice de développement du voyage et du tourisme 2026 du Forum économique mondial, la Tunisie peine à améliorer sa compétitivité au rythme de ses concurrents. Dans une note stratégique, l’Institut arabe des chefs d’entreprise (IACE) identifie deux défis majeurs, l’accessibilité des destinations et la diversification de l’offre, et propose cinq axes d’action pour mieux valoriser le potentiel touristique du pays.
Le tourisme tunisien dispose d’atouts importants, mais leur valorisation économique reste confrontée à plusieurs contraintes structurelles. C’est le principal constat de la note stratégique de l’IACE consacrée au Travel & Tourism Development Index (TTDI) 2026 du Forum économique mondial. Avec un score de 3,62 sur 7, la Tunisie se classe au 82e rang mondial, contre la 78e place en 2024 et la 77e en 2019, selon les séries historiques recalculées par le Forum.
Cette évolution traduit moins une dégradation brutale du profil touristique tunisien qu’une progression insuffisante par rapport aux autres économies. Entre 2024 et 2026, 101 des 110 économies évaluées ont amélioré leur score, tandis que celui de la Tunisie est resté pratiquement stable, avec un recul de 0,2 %.
L’IACE rappelle que cet indice ne mesure pas directement les arrivées, les recettes ou les dépenses touristiques. Il évalue les facteurs et les politiques qui créent les conditions nécessaires au développement durable et résilient du secteur. Son intérêt réside donc dans l’identification des faiblesses structurelles qui limitent la compétitivité de la destination tunisienne.
Une concurrence régionale de plus en plus exigeante
La comparaison avec les pays voisins met en évidence l’ampleur du défi. La Tunisie se classe troisième parmi les quatre économies d’Afrique du Nord étudiées, derrière l’Égypte, qui obtient un score de 3,97 et occupe la 63e place mondiale, et le Maroc, avec 3,84 points et la 70e place. L’Algérie se situe au 89e rang, avec un score de 3,52.
La dynamique récente est également défavorable à la Tunisie. Entre 2024 et 2026, le score du Maroc a progressé de 5,5 %, celui de l’Algérie de 3,6 % et celui de l’Égypte de 2,1 %, alors que celui de la Tunisie a légèrement diminué.
À l’échelle de la région MENA, la Tunisie occupe le 10e rang sur 12 économies, avec un score inférieur de 0,36 point à la moyenne régionale, établie à 3,98. La moyenne de la région a progressé de 2,5 % sur la période.
Pour l’IACE, ces écarts invitent à dépasser la seule lecture du classement et à examiner les conditions qui permettent aux destinations concurrentes de progresser, notamment en matière de transport, de numérique et de valorisation de leur offre.
Des atouts touristiques face à des déficits structurels
Le profil tunisien présente des résultats contrastés. La compétitivité-prix constitue le principal point fort du pays, avec un score de 5,2 sur 7. La sûreté et la sécurité obtiennent 4,8, tandis que la santé et l’hygiène affichent 4,2.
La Tunisie dispose également d’avantages relatifs en matière de ressources culturelles, de ressources naturelles et de services touristiques. Elle obtient respectivement 3,4, 3,1 et 3,3 sur ces trois piliers, des scores supérieurs aux moyennes de l’Afrique du Nord et de la région MENA correspondantes.
Ces résultats suggèrent que le défi ne réside pas uniquement dans la disponibilité des ressources, mais dans la capacité à les rendre plus accessibles et à les transformer en produits touristiques diversifiés et commercialisables.
Les principales faiblesses concernent les infrastructures de transport aérien, notées 2,2 sur 7, ainsi que les infrastructures terrestres et portuaires, qui obtiennent 2,5. La préparation aux technologies de l’information et de la communication affiche 3,8, tandis que la priorisation du secteur touristique obtient 3,4.
Pour l’IACE, ces insuffisances constituent des obstacles à la valorisation du potentiel touristique et à la création de valeur.
L’accessibilité, première priorité
Le premier axe stratégique proposé par l’IACE porte sur l’amélioration de l’accessibilité et de la connectivité des destinations tunisiennes.
Avec un score de 2,2 sur 7, les infrastructures de transport aérien constituent l’un des points les plus faibles du profil national. Ce résultat est nettement inférieur à la moyenne nord-africaine, qui atteint 3,83, et à celle de la région MENA, établie à 4,62. Les infrastructures terrestres et portuaires présentent également des écarts significatifs.
La note recommande de cartographier les déficits de connectivité en fonction des marchés émetteurs et des territoires touristiques, afin d’identifier les liaisons dont l’absence ou l’insuffisance limite le développement de la demande.
Elle préconise également de mieux cibler les mécanismes d’incitation à la desserte aérienne en fonction du potentiel des marchés et des périodes concernées, en privilégiant des dispositifs évaluables et liés aux résultats.
Enfin, l’IACE appelle à intégrer l’accessibilité des territoires touristiques dans la programmation des investissements, en reliant les infrastructures aux pôles touristiques existants et aux régions disposant d’un potentiel de développement.
L’enjeu est ainsi de dépasser une logique d’investissement général dans les infrastructures pour privilégier une approche reliant les marchés, les liaisons, les destinations et les retombées économiques attendues.
Diversifier l’offre et élargir les sources de revenus
Le deuxième axe concerne la diversification de l’offre touristique et la création de valeur. Selon l’IACE, la priorité est de mieux exploiter les ressources existantes et de développer des produits capables d’attirer de nouveaux segments de clientèle, d’augmenter les dépenses des visiteurs et de prolonger les séjours.
La note recommande de construire une stratégie de diversification par segments de marché et par territoires, en tenant compte de la capacité des nouvelles offres à réduire la saisonnalité et à mieux répartir l’activité touristique.
Le tourisme culturel, le tourisme de nature, le tourisme d’affaires et le tourisme événementiel figurent parmi les pistes à explorer, en fonction du potentiel documenté des destinations.
L’IACE propose également de mettre en place des dispositifs de valorisation des actifs territoriaux associant collectivités, entreprises et investisseurs. L’objectif est de transformer les ressources naturelles, culturelles et économiques encore sous-exploitées en produits touristiques commercialisables.
Cette orientation vise à élargir les sources de revenus du secteur au-delà des segments et des territoires déjà établis, tout en favorisant une meilleure répartition des retombées économiques.
Les compétences et le numérique pour accompagner la transformation
Au-delà de ces deux priorités, l’IACE identifie trois leviers transversaux : les compétences professionnelles, la transformation numérique et le renforcement des capacités de pilotage.
Le premier concerne l’adaptation de la formation aux évolutions des métiers du tourisme. Le pilier relatif aux ressources humaines et au marché du travail affiche un score de 3,5 sur 7, contre une moyenne mondiale de 4,3. La note souligne toutefois que ce résultat ne permet pas, à lui seul, de conclure à une pénurie généralisée de compétences.
Elle recommande plutôt d’identifier les métiers et les qualifications les plus concernés par les transformations du secteur, puis d’adapter les programmes de formation aux besoins documentés des entreprises, notamment dans les domaines numériques, commerciaux, managériaux et environnementaux.
Le deuxième levier porte sur la transformation numérique de l’offre. Malgré un score de 3,8 sur 7 pour la préparation aux technologies de l’information et de la communication, la Tunisie reste en retrait par rapport à la moyenne mondiale, qui atteint 5,2.
L’IACE estime qu’il faut aller au-delà des infrastructures numériques pour examiner la capacité réelle des entreprises touristiques à utiliser les outils disponibles. La visibilité en ligne, la réservation, le paiement, la distribution et la relation client constituent autant de fonctions à moderniser.
La note recommande ainsi de réaliser un diagnostic national de la maturité numérique des entreprises touristiques, avec une attention particulière aux petites et moyennes entreprises, et de faciliter leur accès aux solutions numériques et aux outils d’intelligence artificielle.
Mieux piloter le secteur grâce aux données
Le troisième levier transversal concerne la disponibilité et l’utilisation des données dans la conduite des politiques touristiques.
Le pilier relatif à la priorisation du secteur obtient un score de 3,4 sur 7, contre une moyenne mondiale de 4,5. Cet indicateur couvre notamment les dépenses publiques consacrées au tourisme, l’exhaustivité et l’actualité des données nationales ainsi que la qualité de la stratégie de marque touristique.
Pour l’IACE, ce résultat invite à renforcer les capacités de pilotage, sans permettre d’attribuer à une seule composante la faiblesse du score global.
La note préconise de renforcer le système national de données touristiques, d’améliorer leur fréquence et leur précision territoriale, et de faciliter le croisement des données publiques et privées dans un cadre approprié.
Elle recommande également la mise en place d’un tableau de bord national intégrant plusieurs dimensions : fréquentation, dépenses touristiques, valeur créée, saisonnalité, emploi, répartition territoriale et indicateurs environnementaux.
L’objectif est de mieux suivre les marchés et les comportements des visiteurs, d’orienter les investissements et d’évaluer plus précisément les résultats des politiques publiques.
Passer du diagnostic à l’action
À travers cette note, l’IACE plaide pour une approche ciblée du développement touristique, fondée sur les contraintes identifiées par le TTDI plutôt que sur une amélioration uniforme de l’ensemble des indicateurs.
Les cinq orientations proposées — accessibilité des destinations, diversification de l’offre, adaptation des compétences, transformation numérique et renforcement des capacités de pilotage — visent à mieux articuler les infrastructures, les entreprises, les territoires et les politiques publiques.
La note souligne néanmoins que le classement international constitue un point de départ pour l’analyse et non une explication complète des performances du secteur. Les causes des écarts doivent être approfondies et confrontées aux réalités des entreprises et des territoires avant de déterminer les mesures de réforme.
Pour le tourisme tunisien, l’enjeu consiste désormais à transformer ses atouts culturels, naturels et économiques en une offre plus accessible, diversifiée et créatrice de valeur. Une évolution qui suppose de relier plus étroitement les investissements aux besoins des marchés, d’accompagner les entreprises dans leur transformation et de renforcer les outils de suivi des résultats.
Source: Note IACE Tourisme tunisien : les contraintes de compétitivité et les leviers de développement













































