Il faisait partie des rendez-vous les plus attendus de la 60ᵉ édition du Festival international de Hammamet. Annoncé complet dès l’ouverture de la billetterie, le concert de Marcel Khalife a confirmé l’immense attachement du public tunisien à l’une des figures les plus emblématiques de la musique arabe contemporaine.
De retour sur la scène du Théâtre de Hammamet, à laquelle il demeure profondément attaché, le maître du oud a retrouvé un public fidèle, venu nombreux partager un moment d’exception. Plus qu’un simple concert, la soirée s’est imposée comme une traversée musicale où poésie, mémoire et émotion se sont harmonieusement entremêlées.
Compositeur, chanteur et virtuose du oud, Marcel Khalife a déroulé un répertoire puisé dans son œuvre foisonnante, largement inspirée des textes du poète palestinien Mahmoud Darwich. Chaque morceau a porté un message d’humanisme, de liberté et de résistance, fidèle à l’engagement artistique qui caractérise son parcours depuis plusieurs décennies.
Pendant plus de deux heures, l’artiste a captivé l’assistance. Dès les premières notes, le temps semblait suspendu. Sa présence scénique, empreinte de sérénité et de charisme, a instauré une relation intime avec le public, ponctuée d’applaudissements nourris et de longues ovations.

Au fil de la soirée, une dizaine de titres emblématiques se sont succédé, parmi lesquels Rita, Intadherha, Fel Bal Oghniya, sans oublier Ila Ommi, émouvant hommage à la mère et à la maternité, qui a suscité une vive émotion dans les gradins.
Entouré de musiciens de grand talent, Marcel Khalife a proposé une interprétation d’une remarquable finesse. Violons, qanoun, oud, darbouka et flûtes se sont mêlés avec élégance pour donner naissance à une orchestration riche et subtile, au service d’une musique profondément expressive.
Fidèle à ses convictions, l’artiste a également ponctué son concert de prises de parole empreintes de gravité. Il a évoqué les souffrances des populations palestiniennes à Gaza, le sort des réfugiés au Liban ainsi que les épreuves traversées par son pays natal. À travers la chanson Salaat, il a rendu hommage au Liban et à ses villages meurtris, rappelant le pouvoir de la musique comme espace de mémoire, de solidarité et d’espérance.
Au-delà de la performance musicale, Marcel Khalife a offert une véritable leçon d’humanité. Son concert a illustré avec force la capacité de l’art à transcender les frontières et à rassembler autour de valeurs universelles.

Le concert s’est achevé sur un moment particulièrement symbolique avec l’entrée en scène de jeunes musiciens tunisiens venus rejoindre Marcel Khalifé. Ces instrumentistes avaient déjà partagé la scène avec le maître du oud en 2025, à Douz (gouvernorat de Kébili), lors de la quatrième édition du festival Njaa Art, prolongeant ainsi une collaboration artistique placée sous le signe de la transmission et du dialogue entre les générations.
Cette soirée restera sans conteste parmi les temps forts de cette édition du Festival international de Hammamet. Une rencontre rare avec un artiste dont l’œuvre continue de traverser les générations, sans perdre de sa force, de sa sensibilité ni de son actualité.

À l’issue de son concert au Festival international de Hammamet, Marcel Khalifé s’est prêté au jeu des questions-réponses lors d’une conférence de presse marquée par la réflexion et l’émotion. L’occasion pour le musicien libanais de revenir sur sa vision de l’art engagé, une notion qu’il préfère dissocier du discours militant au sens strict.
Pour l’interprète et compositeur, la musique n’a jamais eu vocation à devenir un slogan ou un chant de guerre. Évoquant les années où Beyrouth était sous les bombardements, il a confié avoir fait le choix de célébrer la beauté, la tendresse et la vie plutôt que d’alimenter le fracas du conflit. Selon lui, une chanson puise avant tout sa force dans l’intime et dans la capacité de toucher les consciences, loin des postures idéologiques.
Le maître du oud a également partagé des souvenirs plus personnels. Avec une vive émotion, il a évoqué les compagnons disparus au fil des années, les ravages qui ont frappé le sud du Liban ainsi que les souffrances des populations contraintes de quitter leurs terres. Face à ces blessures, il continue de croire au pouvoir de la création artistique, qu’il considère comme une forme de résistance pacifique et un vecteur d’espérance.
Marcel Khalifé a profité de cette rencontre pour dévoiler l’avancement de son dernier projet de grande envergure. Après plus de deux ans de travail, il a achevé la composition de « La Murale », adaptation musicale du célèbre poème de Mahmoud Darwich. Cette œuvre ambitieuse réunira un orchestre symphonique, un chœur, des comédiens et des danseurs dans une création pluridisciplinaire. Elle intégrera également la voix enregistrée de Mahmoud Darwich en tant que récitant, aux côtés du musicien tunisien Dhafer Youssef.
Encore inédite, cette création attend désormais les conditions propices à sa première représentation. Marcel Khalifé y voit l’un des projets les plus importants de son parcours artistique, une œuvre qu’il espère bientôt partager avec le public et qui témoigne, une nouvelle fois, de son dialogue constant entre musique, poésie et mémoire.













































