La Commission de l’industrie, du commerce, des ressources naturelles, de l’énergie et de l’environnement a tenu, le 2 avril 2026, deux séances d’audition consacrées à l’examen de cinq projets de loi relatifs à des accords de concession pour la production d’électricité à partir des énergies renouvelables.
Présidées par Mohamed Amine Mbareki, en présence de plusieurs membres et députés, ces réunions ont permis d’entendre, dans la matinée, des experts du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, puis, dans l’après-midi, des représentants de l’Ordre des ingénieurs tunisiens.
Un potentiel énergétique à renforcer
Selon les experts, la Tunisie dispose actuellement d’environ 1086 mégawatts d’énergies renouvelables, soit 15 % de la capacité installée et 6 % de la production nationale, d’après des données de 2024.
Ils ont souligné que le recours aux énergies renouvelables constitue désormais un choix stratégique incontournable pour garantir la souveraineté énergétique, notamment à travers le développement de l’énergie solaire photovoltaïque, particulièrement adaptée aux ressources naturelles et aux conditions climatiques du pays.
Les intervenants ont également insisté sur la nécessité de réaliser des études environnementales et géologiques approfondies pour chaque projet, en tenant compte de l’acceptabilité sociale et des spécificités des régions concernées.
Des projets clés pour atteindre les objectifs 2030
Les cinq projets examinés devraient permettre de produire 600 mégawatts supplémentaires, contribuant à porter la part des énergies renouvelables à 16 % du mix énergétique, avec un objectif de 35 % à l’horizon 2030.
Les experts ont toutefois exprimé des réserves concernant certaines méthodes de calcul de la production énergétique, mettant en garde contre leur impact sur les estimations liées aux importations de gaz et aux coûts en devises.
Ils ont également recommandé une réduction de la durée des concessions, afin qu’elle ne dépasse pas 20 ans dans les futurs projets, permettant à l’État de conserver une marge d’exploitation à long terme.
Appel à une plus grande implication nationale
Les députés ont insisté sur l’importance d’impliquer davantage les compétences tunisiennes et les institutions de recherche dans ces projets, affirmant que la transition énergétique est devenue une nécessité nationale liée à la sécurité énergétique et au développement économique.
Plusieurs intervenants ont appelé à créer un cadre juridique favorisant la participation des investisseurs tunisiens aux côtés des partenaires étrangers, ainsi qu’à renforcer le partenariat public-privé.
Défis techniques et enjeu de souveraineté énergétique
De leur côté, les représentants de l’Ordre des ingénieurs ont mis l’accent sur la nécessité de renforcer la flexibilité du système électrique, notamment à travers l’amélioration des capacités de stockage, la gestion de la demande et la modernisation du réseau.
Ils ont souligné que la transition énergétique ne peut reposer sur une seule source, mais nécessite un mix énergétique équilibré combinant renouvelables, centrales classiques flexibles et interconnexion régionale.
Par ailleurs, ils ont alerté sur l’importance croissante de la dimension numérique dans les infrastructures énergétiques modernes, affirmant que :« maîtriser les données, c’est maîtriser l’énergie ».
Enjeu carbone et compétitivité des exportations
Les discussions ont également porté sur la baisse de l’empreinte carbone, devenue un facteur clé de compétitivité, notamment avec l’entrée en vigueur du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Union européenne en 2026.
Les experts ont rappelé que près de 70 % des exportations tunisiennes sont destinées au marché européen, ce qui renforce l’urgence d’accélérer la transition énergétique.
Vers une vision globale et intégrée
Les intervenants ont recommandé plusieurs mesures pour renforcer la souveraineté énergétique, notamment :
-le développement du stockage énergétique
-le renforcement des réseaux électriques
-l’interconnexion régionale
-la mise en place d’une gouvernance claire des données énergétiques
-l’intégration des exigences de cybersécurité
Ils ont conclu que la souveraineté énergétique ne se limite plus à la production, mais repose sur un système intégré incluant infrastructures, données, sécurité numérique et performance environnementale.








































