Le président de la République, Kaïs Saïed s’est rendu au siège de la Banque centrale de Tunisie (BCT), ce vendredi 08 septembre 2023, où il a rencontré le gouverneur avec le gouverneur Marouane El Abassi et la vice-gouverneur, Nadia Gamha. .
Dans son entretien avec la vice-gouverneur, le président de la République a insisté sur la nécessité de faire la distinction entre l’autonomie et l’indépendance de la BCT.
Le chef de l’État a mis l’accent sur l’importance de la restructuration de la BCT, en veillant à ce que certaines directions soient trop nombreuses et n’aient aucune raison d’exister, car elles constituent un gaspillage de fonds publics. « Il doit y avoir une harmonie entre les différentes orientations de la Banque centrale mais doit également être en harmonie avec les lois de l’État ».
Par ailleurs, il a indiqué que l’ancien statut de la BCT de 1958, était bien meilleur que le statut actuel, sur plusieurs points.
« L’autonomie de la Banque centrale ne veut pas dire son indépendance de l’État. Il doit y avoir une harmonie avec les politiques de l’État. L’autonomie est en rapport avec les politiques monétaires, mais cela ne peut être valable pour le budget de l’État », indique le chef de l’État, rappelant les dispositions de l’article 25 du statut de la BCT de 2016. Dans ce contexte, il a indiqué qu’il était absurde que l’État ait recours aux banques commerciales pour emprunter et les rembourser avec des intérêts au détriment du citoyen.
Il a ajouté que le rôle principal de la BCT était de maîtriser l’inflation, soulignant, toutefois, qu’il est nécessaire d’améliorer et faire évoluer les textes juridiques afin que la banque puisse jouer pleinement son rôle, en tant qu’établissement public, autonome, mais non indépendant de l’État.
Le président de la République a, également, indiqué que la Commission tunisienne des Analyses financières (Ctaf) n’est pas en train d’accomplir sa mission convenablement. « J’ai déjà évoqué le volume des transactions effectuées vers le gouvernorat de Sfax à travers La Poste tunisienne. 33 milliards de millimes durant la période allant du 1er janvier au 1er juin. La Ctaf aurait dû vérifier la provenance de cet argent. Nous refusons le blanchiment d’argent en Tunisie. Il faut aussi vérifier les financements reçus par certaines associations qui se cachent derrière la couverture de la société civile, mais qui agissent contrairement aux principes de la société civile. D’ailleurs, le concept de la société civile doit être revu ».
Dans ce contexte, il a ajouté que ces associations font partie, en apparence, de la société civile, mais que ce n’est pas réellement le cas. « Beaucoup d’argent provenant de l’étranger est injecté dans ces associations, mais il est par la suite transféré à des partis politiques. Il faut qu’il y ait un contrôle sur cet argent provenant de l’étranger. Nous sommes un État indépendant et souverain. Nous ne pouvons permettre ces financements provenant de l’occident ou de l’orient. Tout doit être sous le contrôle de l’État et de la Ctaf. La Ctaf doit les traquer. Ces associations constituent une continuité des partis politiques et les financements qu’elles reçoivent proviennent de parties qui cherchent à s’ingérer dans les affaires internes de la Tunisie. De plus, le financement étranger des partis est interdit. Il faut qu’il y ait des poursuites judiciaires. Chaque jour, je reçois des plaintes concernant des suspicions de corruption ».
Le président de la République a indiqué que plusieurs parties ont tiré profit de la Banque centrale pour dissimuler la corruption, même parmi ceux qui se disent nostalgiques d’une certaine époque, notamment, dans les années 70 et 80.
Par ailleurs, il est revenu sur la question de l’indépendance et l’autonomie de la BCT, évoquant la notion de la politique économique. « Comme le dit le philosophe Paul Ricoeur : Une société où l’économique domine le politique est une société qui crée des inégalités insupportables ». Et d’ajouter que les êtres humains ne peuvent être réduits à de simples chiffres.
D’autre part, il a indiqué que certains experts, « qui ne le sont pas en réalité », font le tour des médias pour induire l’opinion publique en erreur à travers des chiffres erronés et prétendant la faillite immédiate de l’État. « Nous sommes devenus le pays du million et demi d’experts. Leur objectif étant de semer la confusion et le doute. Ils veulent que nous nous soumettions au FMI, mais nous ne soumettrons pas au FMI et à ses diktats ».
N’étant pas présent à l’arrivée du président, le gouverneur de la Banque centrale, Marouane El Abassi a rejoint la réunion. Le chef de l’État a réitéré la question du financement du budget de l’État par les banques privées commerciales et la nécessité de l’intervention de la BCT.
« Il y a aussi l’inflation que la BCT tente de maîtriser. Malheureusement en Tunisie, le cœur bat à gauche alors que le portefeuille est à droite », indique-t-il.
Dans ce contexte, Marouane El Abassi a indiqué que la Banque centrale a, récemment, contribué au financement de l’État, ajoutant que cette option peut être discutée. « Durant cette période en particulier, le traitement avec le gouvernement, et le ministère des Finances a été sage. Nous devons faire primer l’intérêt suprême de l’État ».
La discussion a porté, par la suite, sur l’importance de l’investissement et de la nécessité de mettre en place les textes de loi capables de rassurer les investisseurs et de les encourager.
Le président de la République a indiqué que l’impulsion de l’investissement doit passer par la lutte contre la corruption qui constitue un frein au développement.
Il a, également, réitéré l’importance du contrôle et du rôle de la Ctaf, notamment, dans le contrôle des financements des associations qui représentent une continuité des partis politiques, voir même des lobbys et cartels.
La réunion s’est poursuivi autour des questions techniques et des solutions capables de réduire les obstacles qui se dressent face au développement de l’économie nationale.
Le gouverneur de la Banque centrale a indiqué que deux projets de loi ont été soumis au gouvernement, notamment celui du Code de change. Il a, également, essayé d’expliquer au président de la République l’importance des notations des agences internationales, un principe, toujours, rejeté par Kaïs Saïed.













































