Hier soir, dimanche 19 juillet, l’amphithéâtre de Hammamet a accueilli une soirée entièrement dédiée à la danse contemporaine avec le spectacle Labes de Selim Ben Safia. Unique rendez-vous chorégraphique de cette édition du Festival international de Hammamet, cette création, à la fois engagée et conceptuelle, a séduit le public par son écriture scénique soignée. Le spectacle porte également l’empreinte de l’artiste conceptuelle Nadia Kaabi-Linke, dont la collaboration a contribué à enrichir la dimension visuelle et artistique de cette œuvre.
5 chorégraphes s’emparent de la scène, conçue d’une manière à ce que le spectateur s’y perd, se pose des interrogations et laisse libre court à l’interprétation. De prime abord, tout un univers fait de musique, de danse contemporaine et d’un savoir conceptuel maîtrisé s’impose au public présent, venu pour découvrir cette performance de 50 min, interprétée par Malek Zoueidi, Ilyes Triki, Mohamed Aissaoui, Romane Piffault, avec une musique signée Marine-Suzanne de Loye et Hazem Berrabeh.
Le spectacle est un bond dans l’histoire. Il éclaire un passé pour mieux cerner le présent. Une création qui porte le mot tunisien « Labes », non pas tel un questionnement mais plutôt comme une affirmation. Le spectacle se réfère au « Quartier maghrébin de Jérusalem », disparu en 1967. Ces performeurs mettent des mots sur cet oubli, redessinent une mémoire collective précieuse, cri haut et fort des maux, des fragments de mémoire. Le plateau redessine ce quartier avant sa destruction. Les 5 danseurs retracent des vies fragiles, des récits personnels brisés et font barrage à l’oubli et ses abysses. Le langage corporel est encore plus puissant que les discours et les mots.
Les chorégraphes possèdent un savoir artistique diversifié, prône différentes danses. « J’ai tenu à avoir un élément sur scène, qui transforme l’espace et le revisite. En pleine phase de recherche à Berlin, je découvre le travail de Nadia Kaabi-Linke, qui m’a incité à faire aboutir cette collaboration ». Déclare en amont du spectacle Selim Ben Safia. « La thématique de la résilience, de la résistance, de cette lutte contre l’oubli m’a fait directement penser à la disparition de l’ancien Quartier Maghrébin. Nommé couramment « Haaret el Maghariba » et qui existait dans l’ancien Jérusalem.Ma prise de contact avec Selim ben Safia a eu lieu en plein génocide, 2 ans plus tôt. J’ai eu connaissance de l’existence de ce quartier en 2017. Il a existé au 12ème siècle, sous Salaheddine El Ayoubi et recevait des maghrébins, qui, pour compléter leur pèlerinage à la Mecque, passaient aussi par Jérusalem, selon des références coraniques concrètes. Le quartier maghrébin porte bien son nom et reste méconnu. Il a pourtant existé pendant plus de 7 siècles jusqu’à son effacement total par l’occupant en 1967. Des faits qui m’ont profondément marqué et qui ont ressurgi. Ils rallient une mémoire commune à deux peuples, la Palestine et plus précisément la Tunisie et le Maghreb. Ce travail fait échos à la Palestine, sa résistance et à l’actualité de nos jours ». précise Nadia Kaabi-Linke.
Chaque chorégraphe raconte sa résistance singulière, propre à lui, personnel. Les récits s’entrecroisent pour donner vie à une mémoire collective, liée à l’existence de cette cité historiquement riche, mais vouée à l’oubli. « Labes » est une ode à la résistance, un travail de mémoire abouti visuellement et musicalement.
Ce soir, le 20 juillet 2026, place à « Gnawa Diffusion » et à son live particulièrement attendu par le public averti du Festival International de Hammamet. L’édition 60 bat son plein sous le slogan « Endless Memories ». La mémoire qui reste au centre de toutes les préoccupations.













































