Ce 25 juillet 2025, la Tunisie commémorera le 68ème anniversaire de la déclaration de la République. Cette date symbolise l’anniversaire de la déclaration de la République tunisienne en 1957, avec Habib Bourguiba en tant que premier président.
La célébration de la République constitue un événement majeur dans l’histoire de la Tunisie, signalant la transition d’une monarchie vers une république et le commencement d’une nouvelle ère de modernisation pour le pays.
Protectorat français et lutte nationaliste : Mouvement national tunisien
En raison de la politique désastreuse des beys, de l’augmentation des impôts et des ingérences étrangères dans l’économie, la Tunisie rencontre progressivement de graves difficultés financières. Tous ces éléments poussent le gouvernement à déclarer la faillite en 1869 et à établir une commission financière internationale anglo-franco-italienne. La régence se révèle rapidement être un enjeu stratégique majeur en raison de la position géographique du pays, à la croisée des bassins occidental et oriental de la Méditerranée. La Tunisie devient ainsi l’objet des convoitises concurrentes de la France et de l’Italie. Les consuls français et italien s’efforcent de tirer parti des difficultés financières du bey, la France s’appuyant sur la neutralité de l’Angleterre (peu encline à voir l’Italie s’emparer de la route du canal de Suez) et profitant des manœuvres de Bismarck, qui souhaite la détourner de la question de l’Alsace-Lorraine.
Signature du traité du Bardo au palais de Ksar Saïd le 12 mai 1881
Les affrontements entre les tribus algériennes et les tribus khroumirs sur le sol algérien servent de justification à Jules Ferry pour mettre en avant l’importance de s’emparer de la Tunisie. En avril 1881, les forces françaises entrent dans le pays sans rencontrer de résistance significative et atteignent les environs de Tunis en trois semaines, sans avoir à combattre. Le 12 mai 1881, le protectorat est établi officiellement lorsque Sadok Bey, sous la menace d’une destitution et d’un remplacement par son frère Taïeb Bey, signe le traité du Bardo au palais de Ksar Saïd. Cela n’empêche pas les troupes françaises de faire face, quelques mois plus tard, à des révoltes qui sont rapidement réprimées dans les régions de Kairouan et Sfax. Le régime du protectorat est consolidé par les conventions de La Marsa du 8 juin 1883, qui confèrent à la France le droit d’intervenir dans les affaires internes de la Tunisie. Dès lors, la France représente la Tunisie sur la scène internationale et ne tarde pas à abuser de ses droits et prérogatives de protecteur pour exploiter le pays comme une colonie, en forçant le bey à céder presque tous ses pouvoirs au résident général. Néanmoins, des avancées économiques se produisent, notamment à travers les banques et les entreprises, ainsi que le développement de nombreuses infrastructures (routes, ports, chemins de fer, barrages, écoles, etc.).
Procès de l’affaire du Djellaz en 1911
La colonisation favorise l’expansion des cultures céréalières et la production d’huile d’olive, ainsi que l’exploitation des mines de phosphates par la Compagnie des phosphates et des chemins de fer de Gafsa, et de fer par la Société du Djebel Djerissa, qui est la première entreprise tunisienne et la quinzième française. Un port militaire majeur est construit à Bizerte. En outre, les Français mettent en place un système bilingue en arabe et en français, permettant à l’élite tunisienne de se former dans les deux langues. La résistance à l’occupation française débute au début du XXe siècle avec le mouvement réformiste et intellectuel des Jeunes Tunisiens, fondé en 1907 par Béchir Sfar, Ali Bach Hamba et Abdeljelil Zaouche. Ce courant nationaliste se manifeste par l’affaire du Djellaz en 1911 et le boycott des tramways tunisois en 1912. Entre 1914 et 1921, le pays est en état d’urgence et la presse anticolonialiste est prohibée. Néanmoins, le mouvement national continue d’exister. À la fin de la Première Guerre mondiale, une nouvelle génération, organisée autour d’Abdelaziz Thâalbi, prépare la création du parti du Destour.
En conflit avec le régime du protectorat, le parti présente, dès la proclamation officielle de sa création le 4 juin 1920, un programme en huit points. Après avoir critiqué le régime du protectorat dans des journaux tels que La Voix du Tunisien et L’Étendard tunisien, l’avocat Habib Bourguiba fonde en 1932, avec Tahar Sfar, Mahmoud El Materi et Bahri Guiga, le journal L’Action tunisienne, qui, en plus de revendiquer l’indépendance, défend la laïcité. Cette position unique conduit, le 2 mars 1934, lors du congrès de Ksar Hellal, à la division du parti en deux branches : l’une islamisante qui conserve le nom de Destour, et l’autre moderniste et laïque, le Néo-Destour, une formation politique moderne, structurée selon les modèles des partis socialistes et communistes européens, et déterminée à conquérir le pouvoir pour transformer la société.
Suite à l’échec des pourparlers initiés par le gouvernement Blum, des incidents violents surviennent en 1937 et les émeutes d’avril 1938 sont réprimées avec force. Cette répression entraîne la clandestinité du Néo-Destour, incitant les nouveaux dirigeants à envisager la possibilité d’une lutte plus active. En 1942, le régime de Vichy remet Bourguiba à l’Italie, à la demande de Benito Mussolini, qui espère l’exploiter pour affaiblir la Résistance française en Afrique du Nord. Cependant, Bourguiba refuse de soutenir les régimes fascistes et lance, le 8 août 1942, un appel au soutien des troupes alliées. Pendant ce temps, la Tunisie devient le théâtre d’importantes opérations militaires, connues sous le nom de campagne de Tunisie. Après plusieurs mois de combats et une contre-offensive blindée allemande dans la région de Kasserine et Sidi Bouzid au début de l’année 1943, les troupes du Troisième Reich sont contraintes de capituler le 11 mai au cap Bon, quatre jours après l’arrivée des forces alliées à Tunis. Après la Seconde Guerre mondiale, les dirigeants nationalistes intègrent la résistance armée dans leur stratégie de libération nationale. Des négociations sont engagées après la guerre avec le gouvernement français, si bien que Robert Schuman évoque en 1950 la possibilité d’une indépendance de la Tunisie en plusieurs étapes. Cependant, le gouvernement français met un terme aux négociations avec le gouvernement tunisien par la note du 15 décembre 1951, affirmant le « caractère définitif du lien qui unit la France à la Tunisie ».
Bourguiba sollicite Chenik pour soumettre le différend entre la France et la Tunisie à l’ONU dans le but d’internationaliser la question. La demande est datée du 11 janvier 1952 et, le 13, Salah Ben Youssef et Hamadi Badra partent de Tunis à destination de Paris, où ils envisagent de déposer la plainte. Toutefois, le 17, le gouvernement français annonce que celle-ci ne peut être examinée par le Conseil de sécurité, car « la note est signée par des Tunisiens qui n’ont pas l’autorisation de le faire sans l’accord du Bey, seul garant de la souveraineté tunisienne. La France est responsable des affaires étrangères de la Tunisie ; ce document aurait dû être remis au Résident, qui est le seul habilité à le transmettre.
Avec l’arrivée du nouveau résident général, Jean de Hauteclocque, le 13 janvier 1952, et l’arrestation, le 18, de 150 destouriens, dont Bourguiba, commence la révolte armée, la répression militaire française et un durcissement des positions de chaque camp. Le 26 mars, face au refus catégorique de Lamine Bey de renvoyer le gouvernement qui avait déposé cette plainte à l’ONU, de Hauteclocque fait arrêter Chenik, El Materi, Mohamed Salah Mzali et Mohamed Ben Salem, qui sont placés en résidence surveillée à Kébili, dans le sud du pays, tandis que Bourguiba est transféré à Remada ; c’est le coup de force du 26 mars.
Le 5 décembre, l’assassinat du syndicaliste Farhat Hached est perpétré par l’organisation colonialiste extrémiste de la Main rouge, ce qui entraîne des grèves et des manifestations, suivies de leur répression ainsi que d’émeutes, de grèves, de tentatives de sabotage et de lancements de bombes artisanales.
Le développement de la répression, associé à l’émergence du contre-terrorisme, pousse les nationalistes à cibler plus spécifiquement les colons, les fermes, les entreprises françaises et les institutions gouvernementales. C’est pourquoi les années 1953 et 1954 sont caractérisées par une augmentation des attaques contre le système colonial.
En réponse, près de 70 000 soldats français sont déployés pour contrer les guérillas des groupes tunisiens dans les zones rurales. Cette situation tendue est apaisée par la reconnaissance de l’autonomie interne de la Tunisie, accordée par Pierre Mendès France lors de son discours à Carthage le 31 juillet 1954. Finalement, le 3 juin 1955, les conventions franco-tunisiennes sont signées entre le Premier ministre tunisien Tahar Ben Ammar et son homologue français Edgar Faure. Malgré l’opposition de Salah Ben Youssef, qui sera exclu du parti, ces conventions sont ratifiées par le congrès du Néo-Destour qui se tient à Sfax le 15 novembre de la même année. Après de nouvelles négociations, la France finit par reconnaître « solennellement l’indépendance de la Tunisie » le 20 mars 1956, tout en maintenant la base militaire de Bizerte.
La Tunisie indépendante
Le 25 mars 1956, l’Assemblée constituante est élue : le Néo-Destour en remporte tous les sièges et Bourguiba est porté à sa tête le 8 avril de la même année. Le 11 avril 1956, il devient le Premier ministre de Lamine Bey. Le Code du statut personnel, à tendance progressiste, est proclamé le 13 août.
Finalement, le 25 juillet 1957, la monarchie est abolie ; la Tunisie devient une république dont Bourguiba est élu président le 8 novembre 1959.
Le 8 février 1958, en pleine guerre d’Algérie, des avions de l’armée française franchissent la frontière algéro-tunisienne et bombardent le village tunisien de Sakiet Sidi Youssef. En 1961, dans un contexte d’achèvement prévisible de la guerre, la Tunisie revendique la rétrocession de la base de Bizerte.
La crise qui suit fait près d’un millier de morts, essentiellement tunisiens, et, devant la crainte d’une flambée de violence contre leur communauté, pousse 4 500 Juifs à quitter le pays en 1962.
Politiquement, la France finit, le 15 octobre 1963, par rétrocéder la base à l’État tunisien. Avec l’assassinat de Salah Ben Youssef, principal opposant de Bourguiba depuis 1955[135], à Francfort et l’interdiction du Parti communiste (PCT) le 8 janvier 1963, la République tunisienne devient un régime de parti unique dirigé par le Néo-Destour. En mars 1963, Ahmed Ben Salah entame une politique « socialiste » d’étatisation pratiquement totale de l’économie.
Lors de la guerre des Six Jours, en juin 1967, des milliers de manifestants détruisent les magasins juifs et incendient la Grande synagogue de Tunis et ses livres sacrés, ce qui pousse près de 10 000 Juifs tunisiens à quitter le pays.
Des émeutes contre la collectivisation des terres dans le Sahel tunisien le 26 janvier 1969 poussent au limogeage de Ben Salah le 8 septembre avec la fin de l’expérience socialiste. Le taux de croissance annuel du PIB passe cependant de 3,6 % pour les années 1950 à 5,7 % pour les années 1960, et la croissance par tête à 2,9 % contre 1,2 % pour les années 1950. Avec une économie affaiblie par cet épisode et un panarabisme défendu par Mouammar Kadhafi, un projet politique qui unifierait la Tunisie et la République arabe libyenne sous le nom de République arabe islamique est lancé en 1974 mais échoue très rapidement en raison des tensions tant nationales qu’internationales.
Après la condamnation à une lourde peine de prison de Ben Salah, rendu responsable de l’échec de la politique des coopératives, viennent l’épuration de l’aile libérale du PSD animée par Ahmed Mestiri puis la proclamation de Bourguiba comme président à vie en 1975. C’est dans ces conditions, marquées par un léger desserrement de l’étau du PSD sous le gouvernement d’Hédi Nouira, que l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) gagne en autonomie tandis que naît en 1976 la Ligue tunisienne des droits de l’homme, première organisation nationale des droits de l’homme en Afrique et dans le monde arabe. Le coup de force du « Jeudi noir » contre l’UGTT en janvier 1978 puis l’attaque contre la ville minière de Gafsa, en janvier 1980, ne suffisent pas à museler la société civile émergente.
Dès le début des années 1980, le pays traverse une crise politique et sociale où se conjuguent le développement du clientélisme et de la corruption, la paralysie de l’État devant la dégradation de la santé de Bourguiba, les luttes de succession et le durcissement du régime. En 1981, la restauration partielle du pluralisme politique, avec la levée de l’interdiction frappant le Parti communiste, suscite des espoirs qui seront déçus par la falsification des résultats aux élections législatives de novembre. Par la suite, la répression sanglante des « émeutes du pain » de décembre 1983, la nouvelle déstabilisation de l’UGTT et l’arrestation de son dirigeant Habib Achour contribuent à accélérer la chute du président vieillissant. La situation favorise la montée de l’islamisme et le long règne de Bourguiba s’achève dans une lutte contre cette mouvance politique, lutte menée par Zine el-Abidine Ben Ali, nommé ministre de l’Intérieur puis Premier ministre en octobre 1987.
Durant ces années 1980, plusieurs incidents visent la communauté juive ou ses synagogues comme durant le Yom Kippour 1982 dans plusieurs villes du pays, en octobre 1983 à Zarzis, en octobre 1985 à la Ghriba dans le sillage de l’opération Jambe de bois, qui font prendre des mesures au gouvernement pour assurer sa protection.
Le 7 novembre 1987, Ben Ali dépose le président pour sénilité, un coup d’État médical accueilli favorablement par une large fraction du monde politique. Élu le 2 avril 1989 avec 99,27 % des voix, le nouveau président réussit à relancer l’économie alors que, sur le plan de la sécurité, le régime s’enorgueillit d’avoir épargné au pays les convulsions islamistes qui ensanglantent l’Algérie voisine, grâce à la neutralisation du parti Ennahdha au prix de l’arrestation de dizaines de milliers de militants et de multiples procès au début des années 1990. Les opposants laïcs signent quant à eux le Pacte national en 1988, plate-forme destinée à la démocratisation du régime. Pourtant, l’opposition et de nombreuses ONG de défense des droits de l’homme accusent peu à peu le régime d’attenter aux libertés publiques en étendant la répression au-delà du mouvement islamiste. En 1994, le président Ben Ali est réélu avec 99,91 % des voix.
L’année suivante, un accord de libre-échange est signé avec l’Union européenne. Les élections du 24 novembre 1999, bien qu’elles soient les premières présidentielles à être pluralistes avec trois candidats, voient le président Ben Ali réélu avec un score comparable aux scrutins précédents. La réforme de la Constitution approuvée par le référendum du 26 mai 2002 accroît encore les pouvoirs du président, repousse l’âge limite des candidats, supprime la limite des trois mandats réintroduite en 1988 et permet au président de briguer de nouveaux mandats au-delà de l’échéance de 2004 tout en bénéficiant d’une immunité judiciaire à vie.
Le 11 avril 2002, un attentat au camion piégé vise à nouveau la synagogue de la Ghriba et provoque la mort de 19 personnes dont quatorze touristes allemands. Durant le premier semestre 2008, de graves troubles secouent la région minière de Gafsa durement frappée par le chômage et la pauvreté. Le 25 octobre 2009, le président Ben Ali est réélu pour un cinquième mandat consécutif avec 89,62 % des voix, passant pour la première fois sous la barre des 90 %. La campagne est marquée par une visibilité accrue de son épouse Leïla. L’un des gendres du couple, Mohamed Sakhr El Materi, est élu député à cette occasion.
Tunisie post-révolution
Le 17 décembre 2010, un climat insurrectionnel éclate à la suite de l’immolation d’un jeune vendeur de fruits et légumes ambulant, Mohamed Bouazizi, dans la région de Sidi Bouzid ; celle-ci devient le théâtre d’émeutes et d’affrontements meurtriers entre habitants et forces de l’ordre. C’est le début du mouvement que l’on va appeler Printemps arabe.
Ces événements, qui s’étendent ensuite à d’autres régions du pays, s’inscrivent dans un contexte où le taux de chômage des jeunes diplômés est particulièrement élevé alors que le poids démographique relatif des jeunes générations d’actifs atteint son maximum historique. Les causes sont également politiques : le président Ben Ali et sa famille, notamment celle de sa seconde épouse Leïla, les Trabelsi, qualifiés selon les observateurs de « clan quasi-mafieux », sont directement mis en cause dans des affaires de corruption, de détournement ou de vol, fléaux qui ont particulièrement pris de l’ampleur sous sa présidence. Le 13 janvier 2011, Ben Ali annonce la prise de mesures extraordinaires lors d’une intervention télévisée : la promesse d’une pleine liberté de la presse et d’expression politique ainsi que son refus de se représenter aux élections prévues en 2014. Cependant, cette allocution ne contribue pas à calmer la colère de la population, contraignant le président à céder finalement le pouvoir à son Premier ministre Mohamed Ghannouchi le lendemain et à quitter le pays le soir même . Conformément à la Constitution de 1959, le président de la Chambre des députés, Fouad Mebazaa, est finalement proclamé président par intérim par le Conseil constitutionnel le 15 janvier.
Il est chargé d’organiser des élections présidentielles dans les soixante jours. Le 17 janvier, un « gouvernement d’union nationale » de 24 membres incluant des opposants au régime déchu (dont trois chefs de l’opposition légale) est constitué. Le jour même, la libération de tous les prisonniers d’opinion, la levée de l’interdiction d’activité de la Ligue tunisienne des droits de l’homme, « la liberté totale de l’information » ainsi que la légalisation de tous les partis politiques et associations qui le demanderaient, est annoncée. Cependant, la présence de membres du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) à des postes clés provoque de nouveau, en moins de 24 heures, la colère de la population et la démission de plusieurs ministres d’opposition, fragilisant d’autant plus ce gouvernement. Le départ ou la radiation du RCD de plusieurs personnalités éminentes n’ont aucun effet sur la suspicion que l’opinion publique entretient à l’égard de l’ancien parti présidentiel, dont plusieurs manifestants réclament la dissolution. Cependant, le 20 janvier, les ministres encore affiliés à cette formation annoncent l’avoir quitté eux aussi. Face à la pression de la rue exigeant leur départ, un remaniement ministériel a lieu le 27, écartant définitivement (hormis Mohamed Ghannouchi) les anciens membres du RCD de toutes responsabilités gouvernementales. Le 6 février, le ministre de l’Intérieur Farhat Rajhi gèle les activités du RCD en attendant sa dissolution juridique, tandis que le Parlement confère au président par intérim des pouvoirs supplémentaires, comme celui de dissoudre le Parlement.
Ghannouchi est cependant contraint de démissionner à son tour le 27 février à la suite de plusieurs jours de manifestations marquées par des violences ; il est remplacé le jour même par l’ancien ministre de Bourguiba, Béji Caïd Essebsi. L’état d’urgence, en vigueur à partir de janvier 2011, est maintenu.
Le 15 septembre 2012, de violentes émeutes éclatent à Tunis à la suite de la diffusion du film L’Innocence des musulmans. Alors que les forces de l’ordre restent passives, certains groupes salafistes prennent d’assaut l’ambassade des États-Unis et l’incendient, détruisant plusieurs véhicules et bâtiments. Mis sous pression par les États-Unis, le gouvernement décide de réagir et envoie l’armée et la garde présidentielle pour repousser les manifestants. Les affrontements font deux morts et plusieurs blessés. Dans les mois qui suivent, l’armée et la garde nationale prennent la relève pour combattre les groupuscules salafistes et djihadistes qui sont actifs sur le territoire. L’état d’urgence est prolongé de trois mois en novembre 2012[168], pour n’être finalement levé qu’en mars 2014.
Après les élections législatives du 26 octobre 2014, qui voit le parti Nidaa Tounes arriver en tête, l’Assemblée des représentants du peuple remplace l’Assemblée constituante. Le premier tour de l’élection présidentielle a lieu le 23 novembre et voit s’affronter 27 candidats dont deux, en la personne de Béji Caïd Essebsi (Nidaa Tounes) avec 39,46 % des voix et Moncef Marzouki avec 33,43 % des voix, sont qualifiés pour le second tour organisé le 21 décembre et qui permet à Caïd Essebsi de remporter le scrutin avec 55,68 % des voix contre 44,32 % des voix pour Marzouki et de devenir ainsi le premier président issu d’une élection démocratique et transparente. Le quartet du dialogue national, association de quatre organisations s’étant donné pour but d’organiser des négociations entre les partis politiques pour assurer la transition vers un régime démocratique permanent, obtient le prix Nobel de la paix 2015. Ce prix est le premier Nobel attribué à un ressortissant ou organisation de la Tunisie après son indépendance. Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies, exprime sa joie et félicite le quartet tout en affirmant que ce prix est dédié à tous les Tunisiens qui ont commencé le Printemps arabe. François Hollande, président de la République française, affirme dans un communiqué que le prix prouve le succès de la transition démocratique en Tunisie, que ce pays est sur la bonne voie et qu’il est le seul parmi les pays du Printemps arabe à réussir son évolution transitoire vers la démocratie.
En 2017 et 2018, le pays est touché par des vagues de contestation de la jeunesse tunisienne qui manifeste dans plusieurs villes du pays. En effet, à partir du début du mois, à Tunis, Gabès, Thala, Jilma, Kasserine, Sidi Bouzid, ou encore Gafsa, des Tunisiens expriment leur ras le bol face à la cherté de la vie, l’inflation (6,4 % en 2017 et un chômage omniprésent (15 % de la population active et 30 % des jeunes diplômés de l’enseignement supérieur. Cette vague de contestation contre une politique d’austérité économique serait organisée par le Front populaire. Les heurts avec les policiers et forces de l’ordre font une victime et plusieurs blessés, et des centaines de manifestants sont arrêtés[179]. L’Observatoire social tunisien recense 5 000 mouvements de protestation en 2015, plus de 11 000 en 2017 et 4 500 pour les quatre premiers mois de 2018.
Depuis 2011, les gouvernements successifs ont fait appel au Fonds monétaire international (FMI) pour tenter de redresser la situation économique du pays. Un prêt de 1,74 milliard de dollars est accordé en juin 2013, puis un second de 2,9 milliards de dollars en 2016. Le FMI n’accorde toutefois ces prêts qu’en contrepartie d’un plan de réformes libérales, telles que l’augmentation de certains impôts, la réduction de la masse salariale dans la fonction publique, la réduction des subventions sur les prix des carburants, ou encore de la modification du système de retraite. En avril 2016, le gouvernement accepte le principe de l’indépendance de la banque centrale, donnant la priorité au contrôle de l’inflation sur le soutien au développement économique. Depuis le printemps 2017, elle laisse filer le dinar, dont la valeur face à l’euro baisse de près de moitié. Face au poids de la dette, l’État doit consacrer plus de 20 % de son budget à rembourser ses créanciers, ce qui neutralise ses capacités d’investissement.
Kaïs Saïed, président de la République depuis le 23 octobre 2019.
Le président Béji Caïd Essebsi meurt le 25 juillet 2019, à 92 ans. Fin 2019, un double scrutin, législatif le 6 octobre, et présidentiel, avec un premier tour en septembre et le second tour le 13 octobre, se déroule sans heurts, montrant une certaine maturité de la démocratie électorale en Tunisie. Les élections législatives aboutissent cependant à une assemblée fragmentée entre diverses formations. L’élection présidentielle propulse à la tête de l’État un nouveau venu dans le monde politique, un juriste et universitaire spécialiste du droit constitutionnel, âgé de 61 ans, Kaïs Saïed, élu avec une confortable avance face, au second tour, à l’homme d’affaires Nabil Karoui. Kaïs Saïed propose durant sa campagne une vision associant un certain conservatisme moral et religieux, un souverainisme, et un mode de fonctionnement démocratique à rebours de l’organisation centralisée bourguibienne. Le 25 juillet 2021, invoquant l’article 80 de la Constitution, il limoge le gouvernement Mechichi avec effet immédiat, annonce la suspension de l’assemblée, la formation d’un nouveau gouvernement et sa décision de gouverner par décrets et de présider le parquet, provoquant ainsi une crise politique. Le 22 septembre, il confirme par décret le prolongement des décisions ainsi que la dissolution de l’Instance provisoire chargée du contrôle de la constitutionnalité des projets de loi, et s’octroie le droit de gouverner par décret, récupérant de facto le pouvoir législatif. Le 13 décembre, il annonce la tenue d’un référendum constitutionnel qui se solde par la large approbation en juillet 2022 d’une nouvelle Constitution mettant notamment en place un régime présidentiel, malgré un taux de participation d’un peu plus de 30 % des inscrits.












































