La nigérienne Ngozi Okonjo-Iweala, est désignée première femme à la tête de l’OMC. Première représentante d’un pays africain à diriger l’Organisation mondiale du commerce, l’ancienne ministre des Finances du Nigeria a travaillé vingt-cinq ans à la Banque mondiale. Ses prises de positions politiques par le passé laissent penser à une certaine continuité à la tête de l’institution.
Une officialisation sans surprise puisque la Nigériane était, depuis le 5 février, la seule candidate, mais un soulagement pour l’OMC, créée en 1995. L’annonce mi-mai du départ de son directeur général, le Brésilien Roberto Azevedo, l’avait plongée dans l’attente, en pleine récession mondiale, accompagnée de complications dans les échanges commerciaux entre pays pour des raisons sanitaires. Azevedo avait opéré son retrait anticipé en août, un an avant la fin de son mandat en 2021 pour des raisons personnelles disait-il – le dernier jour de son mandat coïncidait en fait avec ses débuts à son nouveau poste de chef lobbyiste de la multinationale de boissons gazeuses PepsiCo.
Diplômée de Harvard et du MIT
Ngozi Okonjo-Iweala, âgée de 66 ans, première femme et première représentante africaine à la tête de l’institution, semble naturelle au regard de son parcours. Fille d’une professeure de sociologie et d’un prof d’économie, elle a grandi avec sa grand-mère jusqu’à ses 9 ans, alors que ses parents finissaient leurs études. «J’ai fait tout ce qu’une fille de village ferait, aller chercher de l’eau, aller à la ferme avec ma grand-mère et réaliser toutes les tâches possibles. J’ai vu ce que signifiait la pauvreté», assure-t-elle. Mais sa trajectoire sociale se dissocie ensuite du commun des Nigérians. A 19 ans, elle arrive à Harvard, en sort avec un diplôme en économie, valide en 1981 son doctorat en développement économique régional dans le tout aussi prestigieux MIT.
L’année d’après, à 28 ans, elle entre à la Banque mondiale. Une institution dans laquelle elle travaillera un quart de siècle, devenant de 2007 à 2011 son numéro 2. Plus récemment, en tant que présidente du conseil d’administration de Gavi Alliance, elle avait pris en charge l’accès et le financement de la vaccination contre le Covid-19 en Afrique – un projet qu’elle ne pourra donc mener à son terme.
Ngozi Okonjo-Iweala a délaissé plusieurs fois les institutions internationales pour s’occuper de son pays natal, en tant que ministre des Finances de 2003 à 2006 sous la présidence d’Olusegun Obasanjo, puis de 2011 à 2015 sous Goodluck Jonathan – mandature qui verra le Nigeria devenir la première puissance économique d’Afrique, devant l’Afrique du Sud. En 2012, elle porte par exemple la réforme du président Goodman de ne plus subventionner le prix du carburant à la pompe, rapidement multiplié par deux. Si les économistes libéraux saluent cette «réforme nécessaire», un mouvement social d’ampleur, Occupy Nigeria, s’ébroue en janvier 2012, avec des manifestations et des grèves, qui ont entraîné plusieurs morts et des centaines de blessés. Lors de son mandat, elle séduira malgré tout certains grands médias occidentaux puisque le Time la classe parmi les 100 personnes les plus influentes au monde en 2014 et Fortune parmi les 50 plus grands leaders de la planète l’année suivante.






































