Jouée à la salle « Le Rio », à 15h00 et 19h00, devant un public nombreux, « La maison d’Abou Abdallah » a été vrai choc, un choc positif. Malgré que la pièce soit sans texte, le public est resté attentif suivant le gestuel des acteurs qui ont investi la scène, tentant de résoudre l’énigme de cette famille.
Sur scène, une table et trois chaises, et une géante caisse avec des portes qui laissent passer les protagonistes, transformable en des murs et en cellules de captation. Tout est intrigant dans cette maison arabe, dans la maison de ce « Abu Abdallah » à commencer par ce chicotement des rats qu’on entend partout et à tout moment, en passant par cette araignée géante ou l’ombre d’une araignée en train de capturer sa proie, à cette source de lumière qui disparaisse très vite, laissant l’obscurité régner jusqu’aux habitants mêmes de cette maison où la communication est coupée et où le silence est long et douloureux. Mais, « La maison de Abou Abdallah » avec ses hauts et bas, avec ces longs de moments de silence qui disent long sur la relation entre ses habitants n’est pas un cas isolé. Comme cette maison irakienne, il y en a partout dans le monde arabe. Et si cette maison n’était qu’une métamorphose ? Et que cette maison est le monde arabe avec tous les conflits et les tiraillements ?
En l’absence du texte, le dramaturge et metteur en scène Anas Abdessamad laisse au public la liberté d’interpréter les faits et les situations telles que la scène du partage du gâteau où chacun tente d’avoir le plus grand morceau ou encore quand ces silhouettes en noir réussissent à emprisonner la jeune dame… Ces silhouettes ne sont pas la représentation des traditions, de l’obscurantisme, de l’ignorance surtout avec ces livres éparpillés et déchirés partout ?
Racontant seulement avec le corps les maux qui rongent le foyer de Abou Abdallah gouverné par l’hystérie, l’absurdité et l’irrationalité ipso facto le monde arabe, la pièce laisse au spectateur la liberté de placer les mots et déduire les conclusions face à ce grand violoncelle déformé jeté par terre, à cette machine à laver bondée de livres…Raconte-t-on l’existence de l’homme arabe contemporain ? l’alinéation dont on sent dans nos pays ? la situation de la femme dans le monde ?
Porteuse de nombreuses questions existentielles même en l’absence des mots, « La maison de Abou Abdallah » s’inscrit dans la continuité avec les précédentes œuvres de Anas Abdessamad réalisées dans le cadre de sa compagnie « Al-Moustahil » (L’impossible).








































