Pour la huitième fois depuis le début de la crise sanitaire liée au Covid-19, Emmanuel Macron s’est exprimé face aux Françaises et aux Français ce lundi 12 juillet à 20 h. Le président a annoncé plusieurs mesures fortes.
« Une reprise forte de l’épidémie »
Emmanuel Macron a commencé son discours en saluant « l’engagement extraordinaire » des soignants et le « civisme » des Français. « Les hospitalisations, comme les décès, sont au plus bas depuis près d’un an. En vous disant tout cela, je pense évidemment aux victimes et à leurs proches », a-t-il ajouté.
Il a ensuite dressé un panorama de la situation économique, annonçant une prévision de croissance de 6 % en 2021. « L’emploi a résisté et les acquis obtenus depuis 2017 en termes de baisse du chômage sont préservés », a-t-il salué.
Puis, il a dressé un état des lieux de l’épidémie de coronavirus alors que le variant Delta est majoritaire parmi les nouveaux cas. « Notre pays est confronté à une reprise forte de l’épidémie qui touche tous les territoires », a déclaré le président de la République. « Chez nous, en France, la situation est pour le moment maîtrisée [mais] si nous n’agissons pas dès aujourd’hui, le nombre de cas va continuer fortement et entraînera inévitablement des hospitalisations en hausse dès le mois d’août », a-t-il alerté, plusieurs heures après avoir présidé un conseil de défense sanitaire ce lundi.
Face à ce constat, le président a ensuite égrené quelques mesures fortes.
Obligation vaccinale pour les soignants
Après la conviction, le temps de la coercition. Les soignants devront se faire vacciner avant le 15 septembre, a annoncé Emmanuel Macron alors que le débat a agité la classe politique et les syndicats ces derniers jours.
« Dans un premier temps pour les personnels soignants et non soignants des hôpitaux, cliniques, des maisons de retraite, des établissements pour personnes en situation de handicap, pour tous les professionnels ou bénévoles qui travaillent au contact des personnes âgées ou fragiles, y compris à domicile, la vaccination sera rendue obligatoire sans attendre », a détaillé Emmanuel Macron.
Après le 15 septembre, des contrôles et des sanctions auront lieu, mais le président n’a pas précisé la nature de ces sanctions. « À partir du 15 septembre, si vous êtes soignant et que vous n’êtes pas vacciné, vous ne pourrez plus travailler et vous ne serez plus payé », a détaillé Olivier Véran sur LCI dans la soirée.
Un projet de loi visant à rendre obligatoire la vaccination des soignants sera présenté en Conseil des ministres lundi 19 juillet et examiné dans la semaine par le Parlement, avaient indiqué des sources parlementaires à l’AFP quelques minutes avant l’allocution d’Emmanuel Macron.
« Faites-vous vacciner »
Pour le reste de la population, Emmanuel Macron a à nouveau lancé un appel pour aller se faire vacciner contre le coronavirus. « Je fais le choix de la confiance et j’appelle solennellement tous les citoyens non vaccinés, à aller se faire vacciner dès aujourd’hui », a exhorté le chef de l’État.
Selon le président, la vaccination est « un atout maître qui change tout par rapport aux vagues précédentes ». « Nous devons aller vers la vaccination de tous les Français, car c’est le seul chemin vers le retour à la vie normale », a-t-il lancé. Une campagne de troisième dose pour les premiers vaccinés sera mise en œuvre dès la rentrée.
Depuis le début de la campagne de vaccination en France, 35 943 586 personnes ont reçu au moins une injection (soit 53,3 % de la population totale) et 27 858 279 personnes ont un schéma vaccinal complet (soit 41,3 % de la population totale). Des chiffres importants mais encore insuffisants pour éviter une quatrième vague.
Élargissement important du pass sanitaire
La principale annonce est la généralisation du pass sanitaire. Jusqu’alors, le pass sanitaire était obligatoire pour les festivals, les boîtes de nuit, ou encore les croisières à bateau, et pour les grands événements mais pas pour des lieux de la vie de tous les jours.
Dès le 21 juillet, le pass sanitaire sera étendu aux lieux de loisirs et de culture de plus de 50 personnes, a expliqué Emmanuel Macron. Il faudra donc montrer un pass sanitaire pour aller au théâtre, au musée, au cinéma…
Début août, le pass sanitaire se généralisera davantage. Il devra être utilisé dans les restaurants et les bars, mais aussi dans les transports longs (trains, avions et cars longs trajets), les centres commerciaux et les établissements médicaux. « Nous nous posons la question de l’extension du pass sanitaire à d’autres activités encore cet automne », a-t-il prévenu.
Pour rappel, ce pass permet de confirmer que vous êtes soit immunisé, soit vacciné, soit que vous avez réalisé un test RT-PCR (ou antigénique) négatif de moins de 48 heures.
Cet élargissement est un véritable revirement. Alors que le pass sanitaire est appliqué en France depuis le 9 juin, Emmanuel Macron avait précédemment promis de ne pas le généraliser. « Le pass sanitaire ne sera jamais un droit d’accès qui différencie les Français. Il ne saurait être obligatoire pour accéder aux lieux de la vie de tous les jours comme les restaurants, théâtres et cinémas, ou pour aller chez des amis », avait-il déclaré le 29 avril à plusieurs journaux de presse quotidienne régionale, dont Ouest France , dans sa dernière grande prise de parole sur la situation sanitaire.
Les tests PCR dits « de confort » payants à l’automne
Les tests PCR étaient déjà payants pour les touristes étrangers depuis le 7 juillet. Certains tests PCR, qui ont toujours été gratuits, seront payants pour les Françaises et les Français à partir de l’automne. Cette annonce intervient pour éviter les tests dits « de confort » pour motifs touristiques ou de loisirs, par exemple.
Pour des personnes ayant des symptômes, ou lorsque l’on est cas contact, les tests resteront gratuits avec prescription médicale.
Couvre-feu pour la Réunion et la Martinique
Au-delà de ces annonces nationales, Emmanuel Macron a évoqué des restrictions territorialisées si le taux d’incidence augmente. La Martinique et la Réunion repassent sous couvre-feu où l’état d’urgence sanitaire va être déclaré. D’autres départements « qui dépasseraient un taux d’incidence de 200 et verraient leur hospitalisation augmenter », pourraient suivre.
Par ailleurs, les contrôles aux frontières seront renforcés.
Un revenu d’engagement annoncé pour les jeunes sans emploi ou formation
Emmanuel Macron a annoncé un « revenu d’engagement » pour les jeunes sans emploi ou sans formation, particulièrement touchés par la crise sanitaire, suivant une « logique de devoirs et de droits ». Ce plan sera présenté à la rentrée.
Par ailleurs, des campagnes de vaccination pour collégiens, lycéens et étudiants seront organisées dans les établissements scolaires à la rentrée.
Réforme des retraites, plan d’investissement, fin du quinquennat…
Emmanuel Macron n’a pas seulement évoqué la situation sanitaire et ses conséquences. Le président de la République a abordé la présidence française de l’Union européenne, l’indépendance industrielle de la France… Emmanuel Macron a dit vouloir réinscrire la France « dans une trajectoire de plein-emploi ».
Un plan d’investissement sera mis en œuvre « à la rentrée pour bâtir la France de 2030 », a déclaré le chef de l’État.
La réforme de l’assurance chômage sera bien mise en œuvre dès le 1er octobre. Concernant la réforme des retraites, mise en pause avec l’épidémie de coronavirus, Emmanuel Macron a réitéré sa volonté de la mettre en œuvre. « Les régimes spéciaux devront être supprimés pour les nouveaux employés de ces secteurs », a expliqué le chef de l’État. « Parce que nous vivons plus longtemps, il nous faudra travailler plus longtemps et partir à la retraite plus tard. L’âge de départ doit être plus tardif », a précisé Emmanuel Macron. Mais cette réforme des retraites n’aura pas lieu tout de suite : « Je ne lancerai pas cette réforme tant que l’épidémie ne sera pas sous contrôle et la reprise bien assurée », a-t-il promis. Il n’y aura aucune hausse d’impôt et les réformes continueront, a-t-il ajouté sans s’avancer sur sa probable candidature à la présidentielle de 2022 .
Sur la forme, un discours au ton solennel enregistré en dehors du palais de l’Élysée
Diffusé à 20 h par de nombreuses chaînes de télévision, le discours a été enregistré peu avant et n’était donc pas en direct. L’intervention, d’une durée d’une trentaine de minutes, ne s’est pas déroulée à l’Élysée, comme d’habitude, mais au Grand palais éphémère, un musée construit au pied de la Tour Eiffel.
Emmanuel Macron doit-il repousser l’âge du départ à la retraite ?
Sur le ton, le discours du président de la République s’est voulu très solennel comme lors de ses précédentes allocutions. Deux drapeaux trônaient derrière lui : un drapeau français et un drapeau européen. En fond, on pouvait apercevoir un bout de la Tour Eiffel.














































