La 30e édition du prix littéraire Comar d’Or confirme la vitalité du roman tunisien avec un record historique de près de 100 œuvres en compétition. Une dynamique qui témoigne à la fois de la diversification des profils d’auteurs et de l’évolution du paysage littéraire national, mais qui met aussi en lumière les limites structurelles freinant son rayonnement international.
Une participation en forte croissance et une sociologie d’auteurs renouvelée
Avec environ 100 romans en lice, dont 33 en langue française et plus de 60 en langue arabe, cette édition anniversaire marque une progression spectaculaire par rapport aux débuts du prix en 1997, où une vingtaine d’œuvres seulement étaient soumises.
Cette croissance s’explique notamment par la diversification des profils d’auteurs. Selon plusieurs membres du jury, le roman tunisien ne se limite plus aux cercles traditionnels d’universitaires et de journalistes. Ingénieurs, médecins, avocats ou diplomates investissent désormais l’écriture romanesque, apportant une richesse d’expériences et une diversité de regards sur la société contemporaine.
Une qualité en progression mais un rayonnement limité
Si les jurys saluent une amélioration notable de la qualité littéraire et une densité narrative accrue, la reconnaissance internationale du roman tunisien reste encore limitée.
Pour certains experts, le principal obstacle ne réside pas dans la qualité des œuvres, mais dans les « conditions périphériques » de leur diffusion. Le professeur Mohamed Kadi, président du jury du roman arabe, souligne ainsi une présence encore « modeste » du roman tunisien sur la scène régionale et internationale.
Des fragilités structurelles dans la chaîne éditoriale
Le diagnostic met en évidence plusieurs faiblesses structurelles : un marketing culturel insuffisant, un manque de traducteurs professionnels qualifiés et une faible capacité d’investissement des éditeurs pour porter les œuvres vers les marchés étrangers.
Cette chaîne de valeur incomplète limite fortement la visibilité des auteurs tunisiens à l’international, malgré un potentiel littéraire jugé largement compétitif.
Un défi stratégique pour l’avenir
Au-delà de la célébration du record de participation, cette édition du Comar d’Or relance ainsi le débat sur la nécessité de renforcer l’écosystème du livre en Tunisie. Sans une amélioration des mécanismes de diffusion et de promotion, le roman tunisien risque de rester cantonné à son marché national, malgré une créativité en pleine expansion.












































