Réunis à Nairobi à l’occasion du sommet Africa Forward 2026, les représentants des États africains et de la République française ont adopté une déclaration commune ambitieuse visant à refonder le partenariat Afrique–France autour de la croissance inclusive, de l’innovation, de la souveraineté économique et de la transition durable.
Placée sous le thème « Africa Forward : Africa-France Partnership for Growth and Innovation », cette rencontre de haut niveau intervient dans un contexte mondial marqué par les tensions géopolitiques, les bouleversements technologiques, les défis climatiques et les fragilités économiques internationales.
Une vision commune pour un partenariat renouvelé
Dans leur déclaration finale, les participants ont affirmé leur attachement à un ordre international fondé sur les règles, au multilatéralisme et aux principes de la Charte des Nations unies. Ils ont également insisté sur la nécessité de bâtir un partenariat basé sur le respect mutuel, la co-construction et la création de valeur partagée.
Les dirigeants ont reconnu le rôle stratégique de l’Afrique comme moteur futur de croissance mondiale, d’innovation et de prospérité. Le texte souligne la volonté commune de dépasser les modèles économiques extractifs pour favoriser l’industrialisation, la transformation locale et les chaînes de valeur africaines.
Paix, sécurité et autonomie stratégique
Les chefs d’État ont placé la paix et la sécurité au cœur de leur agenda commun. Ils ont réaffirmé leur soutien aux solutions africaines aux crises africaines, notamment à travers l’Architecture africaine de paix et de sécurité (APSA) de l’Union africaine.
La déclaration appelle à :
renforcer les capacités sécuritaires africaines ;
lutter contre le terrorisme, les trafics transnationaux et les cybermenaces ;
soutenir la réforme du Conseil de sécurité de l’ONU afin d’assurer une représentation plus équitable de l’Afrique ;
promouvoir des solutions politiques inclusives dans les régions en conflit, notamment au Sahel, dans la Corne de l’Afrique et dans les Grands Lacs.
Les participants ont également dénoncé les ingérences extérieures et la privatisation de la sécurité par des acteurs non étatiques étrangers.
Agriculture : vers une souveraineté alimentaire africaine
L’agriculture a occupé une place centrale dans les discussions. Les signataires se sont engagés à transformer le secteur agricole africain en un moteur de compétitivité, de résilience climatique et d’industrialisation.
Parmi les priorités annoncées :
le développement de chaînes de valeur agroalimentaires intégrées ;
l’investissement dans l’agro-industrie, la recherche et les technologies agricoles ;
le soutien aux jeunes agriculteurs, aux femmes et aux petites exploitations ;
le renforcement de la sécurité alimentaire et des infrastructures logistiques ;
la mise en œuvre du Plan africain pour les engrais et la santé des sols 2024-2034.
Les dirigeants ont également mis l’accent sur l’agriculture intelligente face au climat, l’agroécologie et les outils numériques appliqués au secteur rural.
Santé : renforcer la souveraineté sanitaire du continent
La déclaration prévoit un renforcement massif des systèmes de santé africains afin d’assurer une couverture sanitaire universelle et une meilleure préparation aux pandémies.
Les partenaires souhaitent notamment :
accélérer la production régionale de vaccins et de médicaments ;
renforcer les capacités de surveillance sanitaire et génomique ;
soutenir l’Agence africaine du médicament et les initiatives de l’Africa CDC ;
développer les infrastructures de santé résilientes au changement climatique ;
promouvoir la recherche conjointe et le transfert de technologies médicales.
Transition énergétique et industrialisation verte
Le sommet a mis en avant l’importance stratégique de l’énergie dans le développement africain. Les États participants ont appelé à accélérer l’industrialisation verte du continent à travers les énergies renouvelables, l’hydrogène vert et les technologies bas carbone.
Les engagements portent notamment sur :
l’expansion de l’accès à l’électricité et aux énergies propres ;
le développement des réseaux électriques régionaux ;
la valorisation locale des minerais critiques africains ;
le soutien aux chaînes de valeur industrielles « Made in Africa » ;
le financement d’une transition énergétique juste.
Les signataires ont également réaffirmé leur soutien à l’Accord de Paris et à une gouvernance climatique plus inclusive.
Économie bleue et souveraineté maritime
L’économie bleue figure parmi les nouveaux axes majeurs de coopération. Les participants considèrent les océans comme un levier essentiel de croissance, de sécurité alimentaire et de résilience climatique.
La déclaration prévoit :
une coopération renforcée contre la piraterie et la pêche illégale ;
la protection des écosystèmes marins et du carbone bleu ;
des investissements dans les infrastructures portuaires et maritimes ;
une transition vers un transport maritime décarboné.
Intelligence artificielle et transformation numérique
Le sommet a également consacré un important volet au numérique et à l’intelligence artificielle (IA). Les États africains et la France se sont engagés à promouvoir une IA éthique, inclusive et respectueuse des droits humains.
Les priorités identifiées incluent :
le développement des infrastructures numériques et des centres de données ;
la réduction de la fracture numérique ;
la souveraineté des données africaines ;
le soutien aux modèles linguistiques africains et aux systèmes open source ;
le renforcement des compétences numériques et de la recherche en IA.
Les participants souhaitent également lutter contre les risques liés à la désinformation, aux cyberattaques et aux usages abusifs de l’intelligence artificielle.
Réforme de l’architecture financière mondiale
Les chefs d’État ont appelé à une réforme profonde des institutions financières internationales afin de mieux prendre en compte les réalités africaines.
Ils plaident notamment pour :
une meilleure représentation de l’Afrique au FMI ;
des financements concessionnels renforcés ;
une réduction du coût de la dette ;
une mobilisation accrue des capitaux privés ;
des mécanismes innovants de financement du développement et du climat.
La déclaration insiste aussi sur l’importance de renforcer les marchés financiers africains et les banques publiques de développement.
Un appel à l’action collective
En conclusion, les participants ont adopté cette déclaration comme une feuille de route commune pour les années à venir. Gouvernements, secteur privé, institutions financières et société civile sont appelés à travailler ensemble afin de bâtir une Afrique plus résiliente, industrialisée et souveraine.
Le sommet de Nairobi marque ainsi une nouvelle étape dans les relations Afrique–France, avec l’ambition affichée de construire un partenariat d’égal à égal fondé sur l’investissement, l’innovation et la prospérité partagée.
Par la Rédaction













































