Le Royaume de Belgique et la République tunisienne ont toujours travaillé ensemble pour renforcer leurs relations d’amitié et de coopération dans divers domaines. Sous la présidence de S.A.R. la Princesse Léa de Belgique, la Fondation Ben Abbes Stichting a organisé le colloque international intitulé « De Tanit à Isis : figures féminines et héritages contemporains », le jeudi 13 novembre 2025, au Palais Ennejma Ezzahra à Sidi Bou Said.
Ce colloque a eu lieu en présence de son Altesse Royale la Princesse Léa de Belgique, qui s’est rendue en Tunisie spécialement pour cet événement, ainsi que de son Excellence l’ambassadeur de Belgique à Tunis, M. François Dumont, du fondateur de la Fondation Ben Abbes Stichting, M. Mahmoud ABBES, de Christian Cannuyer, de l’historien et universitaire tunisien Mohamed Hassine Fanter, et de Dr. Zakia Loum de l’université Bordeaux III, ainsi que de représentants des missions diplomatiques et de personnalités du domaine académique et culturel.
La « Fondation Ben Abbes Stichting » est une fondation d’utilité publique dont le siège est situé à Bruxelles. Elle a officiellement débuté ses activités en octobre 2022. Parmi ses membres figurent des personnalités tunisiennes et belges de haut niveau, telles que Maître Charlotte Piers, l’ambassadeur Patrick De Beyter, Jean-Luc Calant et Maître Wajdi Khalifa.
Mahmoud Ben Abbès, qui est également conseiller en diplomatie économique du Royaume de Belgique, a mis en place, à travers sa fondation, un outil pour élever les relations entre les deux pays à un niveau supérieur, notamment sur les plans économique, culturel et social. L’objectif de ce colloque est d’explorer la transition et les points de convergence entre la divinité carthaginoise Tanit et la déesse égyptienne Isis, deux figures majeures du panthéon méditerranéen, ainsi que d’analyser la diffusion de ces cultes et leur intégration dans diverses sociétés antiques, en particulier en Tunisie.

Christian Cannuyer, lors de son intervention intitulée « Le culte d’Isis en Tunisie : traces archéologiques, mémoire et héritages méditerranéens », a examiné les vestiges et la propagation du culte de la déesse égyptienne Isis sur le sol tunisien, en s’appuyant sur son expertise en histoire des religions.
Il convient de rappeler que Christian Cannuyer est un historien, reconnu comme un spécialiste de l’histoire des religions, de l’égyptologie et des chrétiens d’Orient. Ses recherches incluent des études sur les relations entre le culte d’Isis et d’autres traditions religieuses, notamment dans un article intitulé « D’Isis à la Théotokos. Quelques réflexions », publié dans un ouvrage collectif en 2010.
Le mythe d’Isis, qui a vu le jour en Égypte au troisième millénaire avant notre ère, véhicule un message selon lequel l’amour triomphe de la mort. Cette déesse a ressuscité son époux Osiris après qu’il ait été assassiné par son frère Seth. Au cours de l’époque hellénistique, ce message de salut personnel s’est répandu à travers tout le bassin méditerranéen, devenant l’une des premières religions universelles. Cette force spirituelle s’est imposée à une époque où les religions gréco-romaines étaient devenues formalistes, offrant aux croyants l’espoir d’un salut personnel.
En Tunisie, les preuves archéologiques sont nombreuses mais indiquent une implantation tardive du culte. Avant l’époque romaine, les traces sont rares. Le seul témoin explicite de l’époque punique est une stèle découverte en 1899 à Carthage, mentionnant un prêtre d’Isis nommé Pès. La majorité des témoignages datent du premier siècle avant notre ère. Cette implantation tardive peut être expliquée par la prédominance du culte de Tanit, grande déesse carthaginoise, et de son parèdre Baal Hammon.
Néanmoins, des analogies existaient entre Tanit et Isis, toutes deux grandes figures féminines salvatrices et protectrices associées à la fertilité. Il fallut attendre la chute de Carthage pour qu’Isis s’établisse durablement en Afrique proconsulaire. Les temples jumeaux dédiés à Sérapis et à Isis à Carthage ont récemment fait l’objet d’une publication. Leur découverte remonte à Évariste Pricot de Sainte-Marie, qui a mené des fouilles entre 1874 et 1875. Parmi ses découvertes se trouve la célèbre statue de l’impératrice Sabine, épouse d’Hadrien. Ces objets destinés au Louvre ont été chargés sur la frégate Magenta, qui a sombré dans la rade de Toulon en 1875. En 1995, des fouilles sous-marines ont permis de récupérer une grande partie de la cargaison archéologique.
La découverte d’une stèle de fondation en 1990 a permis de localiser avec précision ces sanctuaires au fond de l’actuelle avenue Bourguiba, au sud des thermes d’Antonin.
Le professeur Cannuyer a mis en avant que ces sites se trouvent exactement à l’emplacement où se situe aujourd’hui le palais de Mahmoud Ben Ayed.
La présence d’une tête de l’empereur Hadrien indique que le temple a été fondé lors de sa visite en Afrique en 128, probablement le 24 janvier, date de naissance de l’empereur qui avait un culte particulier pour l’Égypte et Sérapis.
Les fouilles ont mis au jour un riche ensemble de divinités égyptiennes vénérées à Carthage, notamment Sérapis, Hermanubis (fusion d’Hermès et d’Anubis), ainsi que des statues d’Anubis à tête de chien découvertes à Dougga.
Le dieu Thot, représenté sous la forme d’un cynocéphale, est également attesté.
Saint Cyprien de Carthage, au troisième siècle, mentionnait l’adoration de crocodiles, de cynocéphales et de serpents dans les temples carthaginois, témoignant de la persistance de ces cultes égyptiens.
Des pieds votifs offerts à Sérapis pour exprimer la gratitude envers le dieu pour des guérisons ont été retrouvés, faisant référence à un miracle rapporté par Tacite concernant l’empereur Vespasien.
Bien que le culte d’Isis ne soit apparu qu’au deuxième ou premier siècle avant notre ère, des dévotions égyptiennes étaient présentes bien plus tôt.
Des amulettes égyptiennes des sixième et cinquième siècles avant notre ère ont été découvertes, représentant notamment le dieu Bès.
Au musée du Bardo se trouve une gourde du nouvel an au nom du roi Amasis de la vingt-sixième dynastie et le sarcophage de la déesse Harisad-Baal, présentant toutes les caractéristiques d’une déesse égyptienne.
Une statuette découverte à Soliman et conservée au Bardo représente une Isis lactans, Isis allaitant l’enfant Horus.
Cette iconographie, présente dans toute la Méditerranée jusqu’au cinquième siècle, portait en égyptien le titre de mère de Dieu.

Christian Cannuyer a établi un lien avec l’iconographie chrétienne de Marie, mère de Dieu, un titre défendu lors du concile d’Éphèse en 431. Le professeur Cannuyer a également mentionné une continuité avec l’islam, en citant les sourates du Coran qui parlent de la femme de Pharaon ayant recueilli Moïse. Cette figure, connue sous le nom d’Assia dans la tradition musulmane, présente des analogies avec Isis, toutes deux ayant recueilli un coffret flottant sur le Nil. Des linguistes ont proposé que le nom Assia pourrait être dérivé du nom d’Isis.
Dans son intervention intitulée « Tanit, la déesse de Carthage », l’archéologue et historien tunisien, Dr. Mohamed Hassine Fantar considère Tanit comme la divinité principale de Carthage, souvent associée à la fertilité et identifiée plus tard à Junon Caelestis durant l’époque romaine. Son symbole distinctif – un triangle surmonté d’un disque – constitue un élément central de ses analyses.
Pour sa part, Dr. Zakia Loum, universitaire, a présenté une intervention intitulée : « Numismatique et représentations symboliques féminines », analysant la manière dont les figures divines ou allégoriques féminines, telles que Junon Caelestis, Concordia, ou d’autres personnifications de vertus ou de provinces, sont représentées sur les pièces de monnaie en circulation dans la Tunisie antique.














































