La conférence nationale intitulée « Autonomisation économique des femmes rurales : dynamiques récentes et politiques publiques d’appui » a été organisée par un consortium incluant l’association APEDDUB, l’institut d’enseignement supérieur INAT, et les instituts de recherche INRAT et Cirad. Cette conférence a clôturé ses travaux aujourd’hui à l’auditorium de l’INAT (Tunis). Cet événement a réuni des décideurs publics, des experts maghrébins, des représentantes de groupements féminins des gouvernorats de Siliana et Béja, et des ouvrières agricoles de Béja.
Les femmes rurales, actrices économiques dans le monde rural
Dans le milieu rural tunisien, les activités économiques des femmes se sont fortement développées ces dernières années. D’une part, des associations de productrices ont été créées et mènent différentes activités entrepreneuriales, telles que la préparation des plats traditionnels ou l’artisanat. Ces associations fonctionnent en général sous le statut de Groupements de Développement Agricole et de la Pêche (GDAP), et leur nombre est passé d’une seule unité en 2011 à 252 groupements en 2026, rassemblant 7657 membres. D’autre part, les femmes représentent maintenant une part significative de la main d’œuvre agricole et elles jouent un rôle clé dans le fonctionnement au quotidien du secteur agricole.
Les défis de l’autonomie
Malgré cette croissance, cette dynamique n’aboutit que partiellement à une autonomie économique des femmes rurales. Les GDAP féminins sont souvent fragiles. Il existe des freins structurels à l’autonomie réelle de ces stuctures, notamment :
- Cadre juridique contraignant : L’absence d’un statut spécifique pour les GDAP féminins limite leur capacité à générer et réinvestir des bénéfices.
- Déficit d’infrastructures : À Siliana, par exemple, la majorité des groupements manquent de locaux professionnels, ce qui entrave leur capacité de stockage et de transformation.
- Accès limité au financement : Une faible capacité d’autofinancement et des difficultés d’accès aux crédits bancaires classiques freinent le développement commercial de leurs produits.
Par ailleurs, les ouvrières agricoles travaillent en grande partie de façon informelle, touchent de salaires bas, et ne bénéficient souvent pas d’une protection sociale.
Recommandations stratégiques pour les politiques publiques
La conférence a été l’occasion de présenter des notes de réflexion sur des politiques publiques permettant d’améliorer l’autonomisation économique des femmes rurales. Ces notes ont été élaborées en concertation avec les femmes rurales et les différents organisations publiques de développement intervenant sur cette thématique.
Différentes propositions ont été faites pour améliorer le fonctionnement des GDAP féminins, et notamment
1. Réforme institutionnelle : Créer un régime juridique souple, adapté à la nature économique des groupements de femmes rurales.
2. Insertion professionnelle des jeunes : Encourager le recrutement de jeunes diplômées (pour assurer la gestion technique et administrative des GDAP.
3. Accès aux marchés publics : Faciliter les partenariats locaux, comme l’approvisionnement des cantines scolaires par les produits des GDAP féminins.
4. Formation et digitalisation : Renforcer les capacités en marketing digital pour améliorer la commercialisation directe.
En ce qui concerne les ouvrières agricoles, les propositions ont porté principalement sur la création d’un statut spécifique, sur l’organisation d’un dispositif spécifique pour que les ouvrières obtiennent la sécurité sociale, sur l’appui à la création d’associations d’ouvrières, et sur le renforcement des contrôles des conditions de travail des ouvrières agricoles.
Innovation et Jeunesse
La conférence s’est achevée par la remise des prix d’une compétition étudiante, récompensant les meilleures productions audiovisuelles mettant en avant le rôle vital des femmes rurales dans la souveraineté alimentaire et le développement local, et différentes alternatives possibles pour améliorer leurs conditions de vie.
À propos du projet Savoir Eco :
Porté par un consortium de partenaires (APEDDUB, INRAT, INAT et Cirad), le projet « Autonomisation économique des femmes rurales », financé par Expertise France, accompagne les acteurs publics et les femmes rurales à réfléchir ensemble à comment renforcer les politiques publiques de développement rural.














































