Organisé par le magazine Managers à l’hôtel Sheraton de Tunis, le 4ᵉ African ESG Summit a placé l’exportation durable au cœur des stratégies de compétitivité des entreprises africaines. Sous le thème « Exportez durablement », décideurs, entreprises, experts, institutions financières et startups ont examiné les nouvelles exigences européennes en matière d’empreinte carbone, de traçabilité, de reporting ESG et de devoir de vigilance.
Sahar Mechri, directrice exécutive de Managers, a appelé les entreprises à faire de la durabilité un facteur de création de valeur, et non une simple contrainte réglementaire. « Nous parlons le langage de la valeur et non celui du sacrifice », a-t-elle déclaré, soulignant que l’empreinte carbone, la traçabilité et la qualité des données constituent désormais des atouts pour préserver les marchés, maintenir sa place dans des chaînes de valeur en recomposition et faciliter l’accès au financement vert. « La donnée devient une monnaie d’échange », a-t-elle ajouté.
L’accès aux marchés européens en jeu
Les échanges ont montré que la traçabilité, la logistique et l’énergie sont désormais des conditions déterminantes pour l’accès des exportateurs tunisiens aux marchés européens. Les intervenants ont également mis en avant des leviers concrets de décarbonation : réduction des kilomètres à vide, anticipation logistique et électrification des flottes, notamment pour les trajets de moins de 200 kilomètres.
Trois panels pour éclairer la transition
Le premier panel, intitulé « Quand carbone, réglementation et nouvelles exigences européennes redéfinissent la compétitivité », a porté sur l’exportation durable et l’accès aux marchés européens. Il a souligné que la mesure du carbone et la qualité des données deviennent des éléments essentiels pour le pricing et la prise de décision stratégique.
Noureddine Hajaji, professeur associé à l’École nationale d’ingénieurs de Gabès et expert en analyse du cycle de vie, bilan carbone et empreinte environnementale des produits, a indiqué que l’empreinte carbone et la comptabilité carbone sont devenues des enjeux stratégiques pour les entreprises tunisiennes, notamment exportatrices. Selon lui, celles-ci doivent distinguer ces deux notions et se préparer à la taxe carbone aux frontières européennes.
Le deuxième panel, « Chaîne de valeur et traçabilité logistique : les nouvelles règles d’accès aux marchés », a examiné les leviers opérationnels de décarbonation, notamment l’optimisation des flux, la réduction des trajets à vide et l’électrification des flottes. Ces solutions permettraient de réduire les émissions tout en renforçant la compétitivité.
Famke Schaap, consultante Sustainability & Supply Chains chez Hyacint Consult, basée à Bruxelles, a estimé que la pression liée aux données de durabilité est devenue, même en Europe, une véritable charge administrative.
De son côté, Nabgha Salem, PDG de Vectorys, a détaillé la chaîne logistique entre la Tunisie et l’Europe, de l’enlèvement chez le client jusqu’à la livraison finale. Cette chaîne comprend la traversée vers Marseille ou Gênes, le passage par un entrepôt de cross-docking, puis la distribution, chaque maillon contribuant aux émissions.
Le troisième panel, « De l’ESG à la bancabilité : comment financer la transformation des exportateurs africains », a porté sur l’accès au financement vert. Les entreprises doivent désormais traduire leur démarche ESG en risques maîtrisés, en trajectoire d’investissement et en résultats mesurables. Les difficultés de financement des PME, confrontées au coût du diagnostic, du bilan carbone et de la mise à niveau, ont également été mises en lumière.
Habib Karaouli, PDG de CAP Bank, a estimé que le financement demeure le maillon le plus faible de la chaîne. Il a évoqué plus de 2 000 milliards de dollars investis dans la finance durable à l’échelle mondiale, dont à peine 1% orientés vers l’Afrique.
Startups et innovation au rendez-vous
Cette édition a également été marquée par des rencontres B2B, le dispositif Rising Star, un hackathon organisé autour du thème « Le sport, un moyen de renforcer l’inclusion des jeunes », ainsi que les Momentum Startups Awards.
Dans le cadre du dispositif Rising Star, la startup malgache Sebio, fondée par Tianasoa Avotriniaina Liane Andriambelozaka et spécialisée dans les protections hygiéniques féminines à base de fibres naturelles, a été distinguée par le jury pour son modèle d’économie circulaire alliant santé des femmes, réduction des déchets et valorisation de matériaux durables.
Dans le cadre du hackathon, le coup de cœur du jury est revenu à l’équipe du projet Sportlink, composée de quatre jeunes. L’équipe du projet Mawhiba, composée de trois jeunes âgés de 21 à 22 ans, a remporté le Grand Prix. Les deux projets ambitionnent de permettre à chaque jeune Tunisien de trouver un programme sportif près de chez lui, tout en offrant aux financeurs des outils pour mesurer l’impact de leur soutien.
La startup franco-tunisienne Kumulus, spécialisée dans la production d’eau potable à partir de l’humidité de l’air, a également été distinguée lors des Momentum Startups Awards. Le jury a salué la qualité des pitches, la clarté des propositions de valeur et la cohérence des modèles économiques des candidats.
Plus de 150 rendez-vous d’affaires
Plus de 150 rendez-vous d’affaires ont réuni entreprises, experts et prestataires spécialisés en ESG lors de la quatrième édition de l’African ESG Summit. Organisées par Managers, les sessions « ESG Solutions Providers » ont mis en relation, en une matinée, des entreprises en quête de solutions avec des experts et prestataires spécialisés dans les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).
Le principe : permettre aux participants de rencontrer les bons interlocuteurs, sans perdre de temps dans une recherche de partenaires parfois longue et complexe. Ces rencontres ciblées rapprochent les entreprises des solutions dont elles ont besoin pour développer leurs activités et nouer de nouveaux partenariats.
À travers cette édition, Managers entend accompagner les entreprises africaines dans leur adaptation aux normes internationales et renforcer les passerelles entre durabilité, accès aux marchés et opportunités d’affaires.








































