Une table ronde consacrée aux métiers du patrimoine, à l’adéquation des compétences avec les besoins du secteur et à l’ancrage institutionnel des formations s’est tenue le 28 septembre 2026 sur le site archéologique d’Oudhna. Organisée par ANIMED, partenaire tunisien du projet DIEM, en partenariat avec l’Institut national du patrimoine (INP), la rencontre a permis de présenter les premiers résultats du diagnostic réalisé dans six pays méditerranéens.
Le site archéologique d’Oudhna a accueilli lundi une table ronde consacrée à la formation aux métiers du patrimoine culturel. Organisée par ANIMED, partenaire tunisien du projet DIEM – Developing Inclusive Education in the Mediterranean, en collaboration avec son partenaire institutionnel, l’Institut national du patrimoine (INP), la rencontre a réuni des représentants d’institutions publiques, d’universités, d’établissements de formation, de gestionnaires de sites patrimoniaux ainsi que différents acteurs du secteur.
La rencontre a notamment permis de présenter les premiers résultats de la cartographie des formations dans le domaine du patrimoine et de discuter des moyens de mieux adapter les compétences aux besoins du secteur.
704 formations recensées dans six pays méditerranéens
Le diagnostic réalisé dans le cadre du projet DIEM a permis d’identifier 704 formations liées au patrimoine culturel dans les six pays partenaires, en s’appuyant sur la classification internationale type de l’éducation ISCED-CITE de l’UNESCO.
L’étude fait notamment ressortir une présence encore limitée des compétences liées à la gestion du patrimoine dans les intitulés des formations, particulièrement dans les pays du sud de la Méditerranée.
Elle met également en évidence des différences entre les systèmes de classification, de qualification et de certification d’un pays à l’autre. Le projet DIEM ne vise donc pas à imposer un modèle unique, mais à développer des tableaux de correspondance permettant de rapprocher les différents systèmes, selon un principe résumé par les partenaires : « coordonner ne signifie pas uniformiser ».
Tunisie : 94 formations dans 45 établissements
Pour la Tunisie, le recensement fait état de 94 programmes de formation répartis sur 45 établissements, comprenant notamment plus de 68 licences, plus de 20 masters et trois programmes de doctorat, ainsi que deux formations de niveau ISCED 4.
Le diagnostic fait toutefois apparaître plusieurs défis. Parmi eux figurent l’offre encore limitée de formations courtes spécialisées dans le patrimoine, l’absence de passerelles suffisamment structurées entre la formation professionnelle et l’enseignement supérieur, ainsi que la nécessité de renforcer le lien entre formation et insertion professionnelle.
Le défi ne réside donc pas uniquement dans le nombre de formations disponibles, mais également dans leur adéquation avec les compétences recherchées par le secteur du patrimoine.
Le diagnostic tunisien souligne notamment la nécessité de mieux articuler les compétences organisationnelles, techniques, managériales et numériques, tout en développant des profils capables d’intervenir à différents niveaux, des agents de terrain aux cadres intermédiaires et responsables de gestion.
DIEM mise sur des formations courtes et modulaires
Pour répondre à ces besoins, le projet DIEM développe un modèle de formation court, modulaire et certifiable à travers des micro-certifications (Micro-Credentials).
Le dispositif cible trois groupes principaux :
- Groupe A – Leaders : notamment les gestionnaires des sites pilotes et les enseignants en sciences humaines ;
- Groupe B – Future Managers : principalement les diplômés sans emploi, notamment les moins de 35 ans ayant obtenu leur diplôme depuis moins de 36 mois ;
- Groupe C – Communities : jeunes, femmes et personnes éloignées des systèmes d’éducation et de formation, ainsi que les populations rurales ou vulnérables.
Les parcours combineront des modules d’apprentissage en ligne, un module local, un projet de formation et des ateliers pratiques organisés sur les sites pilotes.
Oudhna, un site pilote pour expérimenter le modèle
La Tunisie fait partie des six pays partenaires du projet et le site archéologique d’Oudhna constitue l’un de ses sites pilotes.
Les formations porteront sur plusieurs priorités. Pour le groupe A, l’accent sera notamment mis sur la gestion des sites et la préparation de projets. Le groupe B travaillera sur des outils numériques spécialisés, tels que le HBIM et les systèmes d’information géographique (SIG), ainsi que sur les enjeux liés à la durabilité.
Le groupe C sera davantage orienté vers le patrimoine immatériel, le guidage local, les métiers artisanaux et la participation citoyenne.
La démarche repose sur un parcours progressif : le groupe A procédera à une évaluation critique du plan de gestion du site, le groupe B développera un prototype de plan de gestion et le groupe C réalisera des exercices pratiques à partir de ces travaux.
Formation des formateurs dès octobre 2026
La prochaine étape du projet sera consacrée au lancement du programme de formation des formateurs du groupe A.
Un premier rendez-vous est prévu le 29 septembre 2026, avant le lancement, d’octobre à décembre, de 10 sessions hebdomadaires à distance, organisées chaque mardi de 16h à 18h, heure de Rome, avec interprétation simultanée. ANIMED assurera deux sessions dans le cadre de ce programme.
Des ateliers pratiques et un projet final présenté devant un jury international sont prévus entre janvier et mars 2027. Un atelier international en présentiel devrait également être organisé en Jordanie au cours de l’année 2027.
Les formations destinées aux groupes B et C devraient, quant à elles, se poursuivre jusqu’en 2028.
Ancrer les formations dans les institutions tunisiennes
Au-delà de la conception des contenus pédagogiques, l’un des enjeux du projet DIEM consiste à assurer l’ancrage institutionnel et la pérennité des formations en Tunisie.
Plusieurs établissements tunisiens ont ainsi été identifiés pour contribuer à l’accueil et à la mise en œuvre des différents parcours.
Pour le groupe A, les établissements concernés comprennent notamment les programmes de master de la Faculté des lettres, des arts et des humanités de la Manouba (FLAHM) et de l’Institut supérieur des beaux-arts de Tunis (ISBAT).
Pour le groupe B, le dispositif s’appuiera notamment sur les licences et les clubs 4C de l’Institut supérieur des métiers du patrimoine de Tunis (ISMPT) et de l’ISBAT.
Pour le groupe C, le projet prévoit de mobiliser la formation professionnelle et continue, avec la participation de l’Institut national du patrimoine (INP) et de l’Association de sauvegarde de la médina de Tunis.
La table ronde a également été marquée par la signature de mémorandums d’entente (MoU) entre les institutions concernées, afin de renforcer l’intégration de ces formations dans le dispositif national.
Construire une formation durable au-delà du projet
Le projet DIEM repose sur une coopération entre universités, institutions publiques, acteurs économiques et communautés locales, selon une approche dite de la Quadruple Helix.
L’objectif est de construire un système commun comprenant notamment une description harmonisée des modules de formation, des méthodologies partagées et un système de micro-certifications, tout en respectant les procédures nationales de reconnaissance et de certification des qualifications.
Pour ANIMED et l’INP, cette démarche doit contribuer à rapprocher davantage la formation, le secteur du patrimoine et le monde professionnel, tout en préparant des compétences mieux adaptées aux besoins futurs du secteur.
À travers DIEM, les partenaires souhaitent ainsi développer une offre de formation davantage connectée à la réalité des sites patrimoniaux, aux besoins des professionnels et aux enjeux d’insertion et d’emploi dans le domaine du patrimoine culturel en Méditerranée.
À propos du projet DIEM
DIEM – Developing Inclusive Education in the Mediterranean est un projet de 36 mois, financé par l’Union européenne dans le cadre du programme Interreg NEXT MED 2021-2027.
Il réunit six pays partenaires : Italie, Espagne, Jordanie, Égypte, Palestine et Tunisie. L’Université Sapienza de Rome assure la coordination du projet, tandis qu’ANIMED en est le partenaire tunisien.
Le projet vise à contribuer à la mise en place d’un modèle inclusif et coordonné de formation aux métiers du patrimoine culturel en Méditerranée, en rapprochant les systèmes de formation des besoins réels du secteur.
Source : Communiqué













































