Le secteur agricole tunisien occupe une place centrale dans l’économie nationale. Véritable pilier de la sécurité alimentaire, il contribue à l’emploi, au développement régional et à l’approvisionnement des marchés locaux. Pourtant, malgré son importance stratégique, le secteur continue de faire face à de nombreuses difficultés, notamment au niveau des circuits de distribution des produits agricoles.
Dans ce contexte, l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprise (IACE) a publié une étude intitulée « Vers une vision stratégique pour la modernisation des circuits de distribution des produits agricoles », mettant en lumière les principaux dysfonctionnements de la chaîne de distribution et proposant des pistes de réforme concrètes et durables.
Des circuits de distribution confrontés à plusieurs défis
Les circuits de distribution agricoles en Tunisie souffrent aujourd’hui de nombreuses insuffisances structurelles et organisationnelles. La multiplicité des intermédiaires, l’absence de transparence dans la fixation des prix, la faiblesse des infrastructures logistiques ainsi que l’insuffisance des capacités de stockage et de transport contribuent à une hausse des coûts et à une dégradation de la rentabilité pour les agriculteurs.
Selon l’étude présentée lors du Tunisia Economic Forum 2026, plus de 50 % des échanges de produits agricoles échappent encore aux circuits organisés et sont dominés par des intermédiaires informels, ce qui favorise les pratiques spéculatives, l’évasion fiscale et l’absence de traçabilité.
Cette situation impacte directement le pouvoir d’achat des consommateurs, qui subissent des variations importantes des prix, parfois sans lien réel avec les coûts de production ou l’état de l’offre sur le marché. L’IACE souligne également que plusieurs programmes de modernisation engagés depuis les années 2000 n’ont pas permis d’atteindre pleinement les objectifs attendus en matière de transparence, de compétitivité et d’efficacité des marchés.
Moderniser les infrastructures et digitaliser les marchés
Parmi les principales recommandations formulées dans l’étude figure la nécessité de moderniser les infrastructures des marchés de gros et des espaces de stockage. Le développement de plateformes logistiques modernes et la réhabilitation des marchés régionaux permettraient de réduire les pertes post-récolte et d’améliorer la fluidité des échanges.
L’étude insiste également sur l’importance de la digitalisation des circuits de distribution. L’intégration d’outils numériques pour le suivi des prix, la traçabilité des produits et la gestion des flux pourrait renforcer la transparence et limiter les pratiques spéculatives. Cette transformation numérique contribuerait aussi à une meilleure connexion entre producteurs, distributeurs et consommateurs.
Parmi les propositions avancées figure notamment la création d’une plateforme nationale numérique « e-marché », destinée à centraliser les données relatives aux prix, aux transactions et à la traçabilité des produits agricoles.
Vers une meilleure équité pour les agriculteurs
L’un des enjeux majeurs demeure la protection des revenus des agriculteurs. En raison de la domination des intermédiaires et du manque d’organisation des filières, les producteurs perçoivent souvent une faible part de la valeur finale de leurs produits.
L’IACE plaide ainsi pour le renforcement des structures professionnelles, des coopératives et des mécanismes de contractualisation afin de mieux intégrer les agriculteurs dans les chaînes de valeur. L’objectif est de garantir une répartition plus équitable des marges et d’améliorer la compétitivité des produits tunisiens sur les marchés nationaux et internationaux. ()
L’étude recommande également l’intégration progressive des acteurs opérant dans l’informel à travers des mécanismes d’enregistrement, de traçabilité et d’incitations fiscales, afin de construire un système de distribution plus structuré et plus transparent. ()
Un enjeu stratégique pour la souveraineté alimentaire
Au-delà des aspects économiques, la réforme des circuits de distribution représente un enjeu stratégique pour la souveraineté alimentaire de la Tunisie. Une meilleure organisation des marchés permettrait de sécuriser l’approvisionnement des consommateurs, de réduire les pertes alimentaires et de renforcer la résilience du secteur face aux crises économiques et climatiques.
La modernisation des circuits de distribution ne constitue donc pas uniquement une réforme technique, mais un levier essentiel pour construire un modèle agricole plus performant, plus équitable et durable. Comme l’a souligné l’IACE lors du Tunisia Economic Forum, la compétitivité de l’économie tunisienne dépend aussi de sa capacité à mieux organiser la circulation de sa production et à restaurer la confiance entre les différents acteurs du marché. ()
Pour consulter l’étude complète : https://tinyurl.com/7ununpww
















































