L’économie circulaire n’est plus une option, mais une exigence incontournable pour garantir la sécurité économique et l’autonomie stratégique de l’Union européenne. C’est le message fort qui a marqué la conférence annuelle de la Plateforme européenne des acteurs de l’économie circulaire (ECESP), organisée les 22 et 23 avril à Bruxelles.
L’événement, accueilli par la Commission européenne en partenariat avec le Comité économique et social européen (CESE), a réuni décideurs politiques, entreprises, acteurs financiers, représentants de la société civile et collectivités territoriales. Au cœur des débats figurait notamment le futur « Circular Economy Act », attendu au troisième trimestre de l’année, considéré comme un levier majeur pour accélérer la transition vers une économie circulaire à l’échelle européenne.
Parmi les intervenants figuraient la commissaire européenne à l’Environnement, à la Résilience de l’eau et à l’Économie circulaire compétitive, Jessika Roswall, ainsi qu’Enrico Letta, président de l’Institut Jacques Delors et auteur du rapport sur l’avenir du marché unique européen.
Faire de la circularité un enjeu de sécurité économique
Selon les participants, la transition européenne vers l’économie circulaire progresse encore trop lentement. D’après l’Agence européenne pour l’environnement, le taux de circularité de l’Union européenne a atteint 11,8 % en 2023, un chiffre supérieur à celui observé dans d’autres régions du monde, mais qui reste quasiment stagnant ces dernières années.
L’objectif fixé dans le cadre du « Clean Industrial Deal » est de porter ce taux à 24 % d’ici 2030 afin de faire de la circularité un moteur de compétitivité, de résilience économique et de réduction de la dépendance aux ressources naturelles.
Pour y parvenir, l’Union européenne devra agir simultanément sur plusieurs leviers : réglementaire, financier et social. Parmi les pistes évoquées figurent la réorientation de la fiscalité vers les matières premières vierges et polluantes, le recours stratégique aux marchés publics ainsi que l’élaboration de normes capables de rendre progressivement moins rentable le modèle économique linéaire.
Vers un marché unique européen des matières premières secondaires
L’un des principaux objectifs du futur Circular Economy Act consiste à créer un marché unique européen des matières premières secondaires afin de permettre au recyclage d’atteindre une échelle industrielle.
Les discussions ont mis en évidence la nécessité d’établir des règles plus claires concernant la distinction entre déchets, sous-produits et matières premières secondaires, une ambiguïté qui freine actuellement la valorisation de nombreux matériaux réutilisables.
Les participants ont notamment plaidé pour l’adoption d’un cadre législatif spécifique reconnaissant les sous-produits comme une catégorie distincte, favorisant ainsi la création d’un marché européen dédié et une utilisation plus efficace des ressources.
Le financement, principal défi de la transition
Malgré une dynamique réglementaire soutenue, le financement de l’économie circulaire demeure insuffisant. Si les investissements ont progressé — notamment grâce au Groupe Banque européenne d’investissement, qui a augmenté de 167 % ses financements annuels dédiés à la circularité entre 2020 et 2024 — ceux-ci ne représentent encore qu’environ 1 % du budget européen.
Des lacunes importantes persistent dans plusieurs secteurs clés tels que la construction, le textile, les batteries ou encore l’automobile, en particulier dans les domaines de l’éco-conception et de la gestion de fin de vie des produits.
Les intervenants ont souligné que l’attractivité des modèles circulaires pour les investisseurs privés dépendra avant tout de politiques publiques capables de garantir des retours économiques prévisibles. Les dispositifs de responsabilité élargie des producteurs (REP) constituent un outil important, mais les efforts doivent désormais porter davantage sur la conception des produits afin de rendre économiquement non viables les modèles non circulaires.
À titre d’exemple, la conférence a mis en avant le Circular Economy Finance Group (CEFG), partenariat entre le Royaume-Uni et les Pays-Bas visant à mobiliser jusqu’à 10 milliards de livres sterling au cours de la prochaine décennie afin de renforcer les infrastructures de recyclage et créer de nouveaux emplois.
Une transition également sociale et participative
Au-delà des aspects réglementaires et financiers, les participants ont insisté sur l’importance de la dimension sociale de l’économie circulaire. Celle-ci doit être construite avec l’ensemble des acteurs concernés — entreprises, syndicats, agriculteurs, consommateurs et société civile — afin de s’ancrer durablement dans les réalités quotidiennes.
Une attention particulière a été accordée à l’implication des jeunes générations, appelées à jouer un rôle actif dans l’élaboration des politiques publiques liées à la circularité. Les débats ont également mis en avant la nécessité d’intégrer les questions d’inégalités sociales, de conditions de travail dans les chaînes d’approvisionnement et d’accès équitable aux services circulaires.
L’ECESP, une plateforme devenue stratégique
Enfin, la conférence a souligné l’évolution du rôle de la Plateforme européenne des acteurs de l’économie circulaire, désormais considérée comme une véritable infrastructure politique au service de la transition.
Sa co-présidente, Ladeja Godina Košir, fondatrice de Circular Change, a insisté sur l’importance de cette plateforme dans la co-construction du futur Circular Economy Act et dans la mobilisation des différents acteurs européens autour d’une vision commune de l’économie circulaire, à la fois technologique, industrielle et profondément humaine.














































