Les déclinaisons expressionnistes de Moulay Youssef Elkahfaï reflètent bien son état d’esprit constamment dédié à l’observation, la contemplation même de ses semblables. Son attention s’attarde particulièrement à ce que dégage leur silhouette, l’esquisse de leurs mimiques, et sur lesquelles il se veut aussi le guide de notre regard.
Aujourd’hui, ce ne sont plus les traits qui importent, pas plus que les détails d’un âge, d’un genre, d’un repère de décors ou de vêtements. Non, il s’attache plutôt à un soulignement de couleurs pour exprimer un caractère un sentiment, une situation, tout comme les lignes du kohl donnent un nouveau relief, une intensité nouvelle à un regard.
Sa main suit dans ces jeux de courbes au pinceau, à la brosse ou au pastel, dans un esprit à la fois humaniste, mystique, aux couleurs toujours séduisantes .
Pourtant, ce ne sont pas tant les références et les maîtres qui l’intéressent, qu’une évocation respectueuse de leur quête de l’être humain, de l’essence de sa nature, de son âme.
Chez Elkahfaï, les silhouettes alanguies attendent un signe du destin, ses têtes qui sont autant de pages, détiennent chacune une partie de l’énigme de la vie. Et même ces scènes du quotidien, magnifiées par les bleus, les jaunes, les rouges, les ocres ou les verts réinterprètent le portrait, la figuration, la visibilité de nos existences.
Elkahfaï ne révèle pas de tragique dans la condition humaine. Il contredit en cela Charles Baudelaire pour qui « le portrait apparait toujours comme un biographie dramatisée ». Non qu’il nie les tourments qui peuvent frapper nos vies, nos natures.
Mais il préfère donner à ses créations une énergie instinctive, les charger d’une force mouvante et rapide, comme nos impulsions cérébrales peuvent nous faire rebondir d’une idée à l’autre, sans logique apparente. Sa peinture et ses estampes peuvent être sérieuses, inspirer une réflexion profonde, mais elles ne sont pas tristes, encore moins tragiques.
Elles sont le reflet de son caractère réservé parce que mobilisé d’abord par sa lecture de ses semblables et l‘interprétation qu’il veut en donner. Elles sont aussi sensibles par la proximité avec les êtres, même inconnus, qui sous-tend toute son œuvre.
Ses silhouettes, ses visages dégagent un humour doux, parfois grave, mais sans cynisme ni soupçon de désespérance. Elles appellent avant tout le sourire de la compréhension et la reconnaissance de l’homme avec ses failles.
Dans sa peinture, dans ses lithographies qui le passionnent, dans ses sculptures, Moulay Youssef Elkahfaï traduit la vie et l’humanité dans leur vérité avec une simplicité chaleureuse.
A l’inverse de la noirceur et du pessimisme qui transcendent beaucoup d’œuvres d’art aujourd’hui, il révèle sur la toile ou sur le papier ses frères et sœurs qu’il dessine en couleurs souvent généreuses. Ils sont pour lui comme les pierres et les ornières indispensables qui font la fragilité et la beauté sur tout chemin du monde comme dans la destinée humaine.











































