L’accord commercial conclu dimanche entre les États-Unis et l’Union européenne présente des avantages, notamment pour certaines filières, mais il est déséquilibré et doit être affiné pour intégrer un volet sur les services, estiment lundi plusieurs ministres français.
Les réactions fusent lundi 28 juillet en France après l’annonce d’un accord commercial entre l’Union européenne et les États-Unis instaurant des droits de douane de 15 % sur la plupart des produits des 27 États membres.
Le Premier ministre français François Bayrou a ainsi regretté « un jour sombre » pour l’Europe qui « se résout à la soumission » en signant l’accord. « C’est un jour sombre que celui où une alliance de peuples libres, rassemblés pour affirmer leurs valeurs et défendre leurs intérêts, se résout à la soumission », a réagi le chef du gouvernement sur X.
Quant à Emmanuel Macron, il n’a toujours pas réagi
« C’est une défaite de la Commission européenne qui n’a pas su créer le rapport de force et défendre correctement les intérêts européens », a de son côté réagi Pieyre-Alexandre Anglade, député macroniste et président de la commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale. Il dénonce un « signal de faiblesse » envoyé « à nos concurrents ». « Il faut se battre pour inverser les choses. »
Une critique partagée dans les rangs du Rassemblement national. « Ursula von der Leyen a accepté hier la reddition commerciale de l’Europe, au détriment de nos exportateurs, agriculteurs et industriels », a dénoncé sur X Jordan Bardella. La veille, Marine Le Pen avait taclé « un fiasco politique, économique et moral ».
« Stabilité temporaire »
Négocié âprement depuis des mois, l’accord prévoit des droits de douane sur toutes les importations européennes vers les États-Unis, à un taux unique de 15 %, comprenant toutes les taxes déjà existantes. Cela concerne par exemple le secteur automobile, crucial pour des pays comme l’Allemagne.
« L’accord commercial négocié par la Commission européenne avec les États-Unis apportera une stabilité temporaire aux acteurs économiques menacés par l’escalade douanière américaine, mais il est déséquilibré », a quant à lui déploré sur X Benjamin Haddad, ministre délégué chargé de l’Europe.
Laurent Saint-Martin, ministre délégué auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargé du Commerce extérieur et des Français de l’étranger, a abondé dans le même sens. « La bonne nouvelle ce matin, c’est qu’il y a un accord et que donc nos entreprises ont de la visibilité. Et donc il y a de la stabilité désormais dans la relation transatlantique commerciale pour l’investissement entre l’Union européenne et les États-Unis », a-t-il dit, soulignant que les entreprises redoutaient que cette incertitude se transforme en incapacité d’investir.
Mais « cet accord n’est pas équilibré et donc il va nous falloir continuer à travailler. Car, finalement, cet accord concerne essentiellement les biens, les taxations sur les biens, sur les produits manufacturés, et je crois qu’il y a beaucoup de travail à faire aussi sur un autre déséquilibre commercial, que parfois Donald Trump oublie de citer, qui est celui des services et notamment des services numériques », a-t-il poursuivi.
Les exemptions en question
Benjamin Haddad a par ailleurs noté que l’accord avait « le mérite d’exempter de droits de douane des secteurs clés pour l’économie française (aéronautique, spiritueux, médicaments) », sans plus de précisions.
Interrogé sur le sujet, Laurent Saint-Martin s’est montré plus prudent, affirmant que « les spiritueux devraient effectivement être dans l’accord », mais soulignant que ces exemptions sectorielles étaient très importantes pour la France.
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a en effet affirmé qu’il n’y aurait plus aucun droit de douane sur des « secteurs stratégiques » comme l’aéronautique, « certains produits chimiques, certains produits agricoles » ou encore « certaines matières premières stratégiques ». La liste de ces produits n’a toutefois pas été détaillée.
Le ministre de l’Économie, Éric Lombard, et celui des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, réuniront mercredi à Bercy « les filières économiques » pour évoquer les « conséquences » de l’accord, a annoncé le ministère de l’Économie à l’AFP.
La réunion, qui se tiendra en début d’après-midi, rassemblera les organisations patronales ainsi que les fédérations représentant les filières industrielles « impactées par les droits de douane américains », a précisé le ministère dans un communiqué.
Avec AFP












































