Selon un rapport publié, le lundi 2 juin 2025, par des chercheurs de l’Université technique de Munich, de l’Université d’Oxford et de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, intitulé « Cartographie de la compétitivité des coûts des importations africaines d’hydrogène vert en Europe », il est indiqué que le coût de l’hydrogène vert produit en Afrique et destiné à l’exportation vers l’Union européenne (UE) pourrait être considérablement plus élevé que prévu.
Le rapport souligne que les gouvernements de nombreux pays européens nourrissent de grandes attentes concernant l’hydrogène vert à bas coût en provenance d’Afrique pour décarboner des secteurs à fortes émissions telles que la sidérurgie, l’industrie chimique et les transports. L’UE, qui vise à importer jusqu’à 10 mégatonnes de ce carburant propre, a déjà établi des accords bilatéraux avec plusieurs pays du continent, y compris la Namibie, l’Egypte et la Mauritanie, pour mettre en place des sites de production destinés à l’exportation.
Les premiers projets sont actuellement en phase de planification, bien que la majorité des usines soient encore au stade de développement conceptuel. En examinant ces projets, les auteurs du rapport ont remarqué que les estimations de coûts étaient souvent très inexactes, car les modèles traditionnels pour les usines d’hydrogène vert appliquent des coûts de financement uniformes, alors que l’environnement d’investissement varie d’un pays à l’autre et présente des risques particulièrement élevés dans de nombreux pays africains.
Pour remédier à ces biais méthodologiques, les chercheurs ont élaboré une nouvelle méthode pour calculer les coûts de financement des usines de production d’hydrogène vert, c’est-à-dire les coûts engagés par les exploitants des usines pour lever des fonds pour leurs investissements. Cette méthode prend en compte l’environnement des taux d’intérêt ainsi que les conditions spécifiques à la production d’hydrogène dans 31 pays africains, telles que les options de transport et de stockage , ainsi que le degré de sécurité juridique et de stabilité politique.
Les modèles géospatiaux de coûts nivelés de l’hydrogène (LCOH) partent du principe que les usines de production seront opérationnelles d’ici 2030 et que l’hydrogène vert sera converti en ammoniac et expédié vers le port de Rotterdam. Ils se basent sur quatre scénarios dans lesquels les taux d’intérêt généraux sont soit élevés, soit bas, et dans lesquels soit les exploitants des installations assument tous les risques d’investissement, soit les décideurs politiques offrent des garanties de prix et d’achat pour l’hydrogène vert ainsi que d’autres mesures pour dérisquer les projets. 2,1% seulement des sites étudiés seraient performants.
Les calculs montrent que, dans le contexte actuel des taux d’intérêt, les exploitants devraient payer au mieux environ 8% d’intérêts sur leur financement, mais peut-être jusqu’à 27%, selon le scénario et le pays. La plupart des modèles existants supposaient toutefois une fourchette de 4 à 8%.

Dans un contexte de taux d’intérêt élevé, les coûts les plus bas de l’hydrogène vert produit en Afrique et exporté vers l’Europe seraient de 4,9 euros/kg sans interventions politiques européennes (garanties contre les risques de défaut de paiement et accords d’achat fermes à des prix fixes/offtake deals) et de 3,8 euros/kg lorsque les gouvernements européens dérisquent totalement les projets. Dans un environnement à faible taux d’intérêt, ces coûts descendraient à 4,2 euros/kg sans soutien politique et à 3,2 euros/kg si les gouvernements enlèvent tous les risques.
Même dans des conditions très favorables, les pays africains seraient ainsi confrontés à une concurrence acharnée de la part d’autres régions. Par exemple, lors d’une enchère de la Banque européenne de l’hydrogène (EHB) pour des subventions destinées à des projets d’hydrogène vert en Europe en 2024, le prix le plus bas d’une offre de retenue était inférieur à 3 euros/kg .

Les chercheurs ont également appliqué leurs modèles géopatiaux à 10 300 sites dans les pays africains ayant accès à la mer. En supposant que les garanties de prix et d’achat soient mises en place, 214 sites (soit 2,1 % du total des sites analysés) pourraient atteindre un prix de 3 euros/kg dans un contexte de taux d’intérêt élevé, et pourraient donc devenir économiquement compétitifs d’ici 2030.
Ces sites sont répartis sur six pays du continent : l’Algérie, le Kenya, la Mauritanie, le Maroc, la Namibie et le Soudan. Toutefois, l’étude n’a pu prendre en compte que les risques sécuritaires à l’échelle nationale. Étant donné que de nombreux sites par ailleurs optimaux se trouvent dans des pays instables, le nombre de sites potentiellement compétitifs pourrait être encore diminué.
Le rapport conclut que les sites de production africains ne peuvent être compétitifs pour les exportations vers le Vieux Continent que si les pays européens garantissent l’achat de certaines quantités d’hydrogène vert à des prix fixes. Des garanties contre le défaut de paiement, telles que celles fournies par la Banque mondiale, seraient également bénéfiques pour sécuriser les projets et entraîner une réduction des coûts à long terme.
Avec Rapport













































