ATL MST SIDA TUNIS a organisé, le 13 juin 2024, un atelier de lancement de la campagne médiatique intitulée « Les défis de la réduction des risques liés à l’usage de drogues injectables » en Tunisie, dans le cadre de ses travaux de plaidoyer sur l’usage de drogues en partenariat avec Frontline Aids.
Lors de son intervention, Dr Samir Mokrani, représentant du ministère de la santé, a annoncé que la Tunisie s’est engagée depuis 2022 dans l’élaboration de la stratégie nationale de prévention, de réduction des risques et de traitement des dommages liés à la consommation de substances psychoactives. Cette initiative est menée en collaboration avec le ministère de la justice, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime en Tunisie, ainsi qu’avec la participation d’organismes et d’établissements nationaux compétents, de représentants de la société civile et d’experts de pays européens.
Cette stratégie repose sur six axes. Le premier axe concerne la promotion de la santé et la prévention de la toxicomanie, tandis que le deuxième axe vise à réduire les risques liés à l’abus de drogues en sensibilisant aux effets de ces substances sur l’organisme. Le troisième axe se concentre sur le traitement de la toxicomanie à travers la création de six pôles de soins, dont deux sont déjà opérationnels à l’Hôpital Razi des maladies psychiatriques et neurologiques, ainsi qu’à l’Hôpital Hédi Chaker de Sfax. Ces pôles sont des services médicaux au sein d’un réseau chargé de prendre en charge les toxicomanes dans trois ou quatre gouvernorats.
Le quatrième axe de cette stratégie vise à renforcer le rôle de la famille en la sensibilisant et en l’orientant dans la prise en charge des personnes toxicomanes. Le cinquième axe a pour objectif de créer un environnement juridique et politique propice à l’obtention de services appropriés. Enfin, le sixième et dernier axe de cette stratégie consiste à réaliser des recherches afin de fournir des données statistiques précises.
Il est important de noter que cette stratégie n’a pas encore été approuvée par le conseil des ministres pour être adoptée par l’Assemblée des représentants du peuple (ARP).

Des statistiques non représentatives
En raison de l’absence d’une enquête nationale officielle sur la consommation de drogues, il est compliqué de mesurer précisément l’ampleur du phénomène. Les estimations se basent sur divers indicateurs, comme le nombre de personnes incarcérées pour des délits liés à la consommation de drogues. D’autres données proviennent principalement du projet méditerranéen d’enquête en milieu scolaire sur l’alcool et les autres drogues, qui se concentre toutefois sur les écoliers et les lycéens.
Les décideurs persistent à se fonder sur des estimations suggérées par des enquêtes et des statistiques ponctuelles, qui ne sont pas exhaustives.
Manque d’ infrastructure institutionnelle adéquate :
Selon Dr Nabil Ben Salh, l’État n’a pas mis en place une infrastructure institutionnelle adéquate pour la prise en charge de cette population. Il y a très peu de centres de conseil et de dépistage anonymes et gratuits (CCDAG) qui reçoivent les patients. De plus, la situation est aggravée par l’absence totale de centres de « désintoxication » et l’existence d’un seul centre étatique de « post cure » à Jbal el-Ouest. Ce dernier a été fermé depuis la révolution et n’a rouvert ses portes qu’en 2019 dans le cadre d’une convention entre le ministère de la Santé et le Club Rotary Tunis Hope (CRTH). Ce centre propose un tarif de 30 dinars par nuitée. Étant donné que les programmes de réhabilitation psychosociale sont de longue durée (de 3 mois à 2 ans pour garantir leur efficacité), cette population ne peut pas poursuivre le traitement faute de moyens matériels.
Face à l’absence de centres de « désintoxication », deux pôles de soins ont été créés à l’hôpital Razi des maladies psychiatriques et neurologiques de Tunis, ainsi qu’à l’hôpital Hédi Chaker de Sfax. Par ailleurs, le Centre d’Assistance Médicale Urgente (CAMU), situé également à Tunis, prend en charge les syndromes de sevrage. Cependant, ces structures publiques de troisième ligne, centralisées dans les grandes villes, souffrent d’un grand flux de patients et leur capacité d’accueil est déjà limitée. Quant aux centres de « désintoxication » privés, ils ne sont soumis à aucune régulation ni contrôle des organes du ministère de la Santé.
Il a également mentionné le manque de professionnels médicaux et paramédicaux spécialisés dans le domaine de la médecine de l’addiction.
En conséquence, un usager de drogues qui se présente de manière volontaire pour recevoir un traitement pour son trouble lié à l’usage de substances se trouve dans une situation difficile : une institution publique dysfonctionnelle.
Depuis l’entrée en vigueur de la loi 52 et sa modification en 2017, un grand nombre d’individus continuent d’être poursuivis en justice pour avoir enfreint cette législation, ce qui entraîne souvent des conséquences néfastes telles que l’abandon scolaire, l’immigration clandestine ou la délinquance.
Dr Ben Salah a souligné l’importance de modifier les lois répressives qui ne favorisent pas l’accès des toxicomanes aux services de traitement par peur de sanctions privatives de liberté.
Il est à noter que l’ATL MST Sida a lancé une initiative majeure depuis 2017 en mettant en place une stratégie de plaidoyer visant à réformer la loi 52-1992, jugée répressive et insuffisamment respectueuse des droits des consommateurs de drogues, de la prévention primaire et secondaire, ainsi que d’une prise en charge médicale appropriée pour les personnes concernées. Cette loi semblait ne pas prendre en considération l’approche de réduction des risques recommandée par l’OMS comme une stratégie de santé publique.
Mise en place d’un programme de traitement de substitution à la méthadone :
Plusieurs plaidoyers ont été menés en faveur de la mise en place d’un programme de traitement par méthadone, le dernier en septembre 2022, impliquant des représentants de la société civile et des professionnels et en partenariat avec le ministère de la Santé, consacré en partie à l’implémentation des traitements de substitution aux opiacés en Tunisie, notamment la méthadone.
La méthadone est l’un des traitements de substitution aux opioïdes les plus connus. Les professionnels de santé l’utilisent depuis 40 ans et ont démontré son efficacité. Contrairement à d’autres traitements de substitution, la méthadone vise à réduire le désir de consommer sans provoquer de somnolence ou de léthargie, ce qui permet aux patients de bénéficier pleinement du soutien psychosocial qui fait partie intégrante de leur traitement.
Plusieurs ateliers ont été organisés pour élaborer et discuter des protocoles de distribution de la méthadone. Cependant, aucun changement concret n’a encore été réalisé. En réalité, le traitement de substitution par méthadone n’est toujours pas réglementé par un texte légal spécifique. Afin de faire progresser les démarches d’introduction de la méthadone, il est donc nécessaire de travailler sur un décret de loi qui définit les modalités de prescription et les protocoles de distribution de cette substance.
Il est primordial de prendre en considération des mesures de contrôle et de sanctions afin de prévenir toute utilisation ou distribution illégale de la méthadone dans ce contexte.
Manque d’ infrastructure institutionnelle adéquate :
Selon Dr Nabil Ben Salh, l’État n’a pas mis en place une infrastructure institutionnelle adéquate pour la prise en charge de cette population. Il y a très peu de centres de conseil et de dépistage anonymes et gratuits (CCDAG) qui reçoivent les patients. De plus, la situation est aggravée par l’absence totale de centres de « désintoxication » et l’existence d’un seul centre étatique de « post cure » à Jbal el-Ouest. Ce dernier a été fermé depuis la révolution et n’a rouvert ses portes qu’en 2019 dans le cadre d’une convention entre le ministère de la Santé et le Club Rotary Tunis Hope (CRTH). Ce centre propose un tarif de 30 dinars par nuitée. Étant donné que les programmes de réhabilitation psychosociale sont de longue durée (de 3 mois à 2 ans pour garantir leur efficacité), cette population ne peut pas poursuivre le traitement faute de moyens matériels.
Face à l’absence de centres de « désintoxication », deux pôles de soins ont été créés à l’hôpital Razi des maladies psychiatriques et neurologiques de Tunis, ainsi qu’à l’hôpital Hédi Chaker de Sfax. Par ailleurs, le Centre d’Assistance Médicale Urgente (CAMU), situé également à Tunis, prend en charge les syndromes de sevrage. Cependant, ces structures publiques de troisième ligne, centralisées dans les grandes villes, souffrent d’un grand flux de patients et leur capacité d’accueil est déjà limitée. Quant aux centres de « désintoxication » privés, ils ne sont soumis à aucune régulation ni contrôle des organes du ministère de la Santé.
Il a également mentionné le manque de professionnels médicaux et paramédicaux spécialisés dans le domaine de la médecine de l’addiction.
En conséquence, un usager de drogues qui se présente de manière volontaire pour recevoir un traitement pour son trouble lié à l’usage de substances se trouve dans une situation difficile : une institution publique dysfonctionnelle.
La Réforme législative de la loi-52 est primordiale :
Depuis l’entrée en vigueur de la loi 52 et sa modification en 2017, un grand nombre d’individus continuent d’être poursuivis en justice pour avoir enfreint cette législation, ce qui entraîne souvent des conséquences néfastes telles que l’abandon scolaire, l’immigration clandestine ou la délinquance.
Dr. Ben Salah a souligné l’importance de modifier les lois répressives qui ne favorisent pas l’accès des toxicomanes aux services de traitement par peur de sanctions privatives de liberté.
Il est à noter que l’ATL MST Sida a lancé une initiative majeure depuis 2017 en mettant en place une stratégie de plaidoyer visant à réformer la loi 52-1992, jugée répressive et insuffisamment respectueuse des droits des consommateurs de drogues, de la prévention primaire et secondaire, ainsi que d’une prise en charge médicale appropriée pour les personnes concernées. Cette loi semblait ne pas prendre en considération l’approche de réduction des risques recommandée par l’OMS comme une stratégie de santé publique.
Mise en place d’un programme de traitement de substitution à la méthadone :
Plusieurs plaidoyers ont été menés en faveur de la mise en place d’un programme de traitement par méthadone, le dernier en septembre 2022, impliquant des représentants de la société civile et des professionnels et en partenariat avec le ministère de la Santé, consacré en partie à l’implémentation des traitements de substitution aux opiacés en Tunisie, notamment la méthadone.
La méthadone est l’un des traitements de substitution aux opioïdes les plus connus. Les professionnels de santé l’utilisent depuis 40 ans et ont démontré son efficacité. Contrairement à d’autres traitements de substitution, la méthadone vise à réduire le désir de consommer sans provoquer de somnolence ou de léthargie, ce qui permet aux patients de bénéficier pleinement du soutien psychosocial qui fait partie intégrante de leur traitement.
Plusieurs ateliers ont été organisés pour élaborer et discuter des protocoles de distribution de la méthadone. Cependant, aucun changement concret n’a encore été réalisé. En réalité, le traitement de substitution par méthadone n’est toujours pas réglementé par un texte légal spécifique. Afin de faire progresser les démarches d’introduction de la méthadone, il est donc nécessaire de travailler sur un décret de loi qui définit les modalités de prescription et les protocoles de distribution de cette substance.
Il est primordial de prendre en considération des mesures de contrôle et de sanctions afin de prévenir toute utilisation ou distribution illégale de la méthadone dans ce contexte.

Recommandations :
Le corps législatif
- Élaborer une nouvelle politique pénale qui différencie les consommateurs des trafiquants et des producteurs, et garantit le droit à une prise en charge des troubles liés à la consommation de substances.
L’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP)
- Remettre à l’ordre du jour le projet de réforme de la loi 52.
Le corps exécutif
- Élaborer des décrets de lois concernant la prescription de la méthadone, les protocoles de distribution et leur mise en application.
Les ministères de la Santé en coopération avec l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime en Tunisie
- Assurer la mise en service de l’observatoire national des drogues en lui allouant les ressources financières et humaines nécessaires.
- Assurer la réouverture du centre de désintoxication de Sfax, ainsi que la création d’autres centres de désintoxication et de post-cure dans différentes régions du pays.
- Prévoir une couverture sociale pour les personnes souffrant de troubles liés à la consommation de substances en collaboration avec la CNAM.
- Coordonner entre les différentes structures de soins, de prise en charge et de programmes de réhabilitation afin de faciliter la navigation des individus entre les différents services.
L’observatoire national des drogues et des conduites addictives
- Établir une dynamique de collecte de données auprès des institutions concernées.
- Mener des enquêtes statistiques nationales et périodiques pour fournir des chiffres représentatifs et identifier les usagers nécessitant le plus un traitement.
- Diffuser et communiquer les résultats de ces enquêtes.
Le ministère de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées, à travers les centres d’intégration de la jeunesse et de l’enfance, les centres de défense et d’intégration sociale (CDIS) et les centres d’encadrement et d’orientation sociale
- Élaborer un dispositif médico-social spécialisé visant à accueillir les jeunes consommateurs avec leur famille pour une meilleure prise en charge.
Le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur
- Mettre en place des protocoles de prévention à travers l’implémentation de programmes d’intervention communautaires et d’interventions par les pairs au sein des structures éducatives.














































