{"id":76037,"date":"2026-09-18T02:17:10","date_gmt":"2026-09-18T01:17:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.africanchallenges.com\/?p=76037"},"modified":"2026-09-18T02:17:11","modified_gmt":"2026-09-18T01:17:11","slug":"blaise-pascal-tanguy-le-probleme-du-cinema-africain-ce-ne-sont-pas-les-talents-ce-sont-les-canaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.africanchallenges.com\/?p=76037","title":{"rendered":"Blaise Pascal Tanguy\u00a0: \u00ab\u00a0Le probl\u00e8me du cin\u00e9ma africain, ce ne sont pas les talents, ce sont les canaux\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00a0<strong>La 8e \u00e9dition de L\u2019Afrique Fait Son Cin\u00e9ma se tiendra du 5 au 14 novembre 2026 \u00e0 l\u2019EICAR Paris en France. Au programme 46 films retenus sur plus de 300 re\u00e7us, 25 pays, \u00ab\u00a0The Market\u00a0\u00bb, un march\u00e9 professionnel de quatre jours, et deux cat\u00e9gories in\u00e9dites consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019intelligence artificielle et au film tourn\u00e9 au smartphone. Fondateur et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral, Blaise Pascal Tanguy revient sur ce que le festival est devenu, et sur ce qu\u2019il refuse d\u2019\u00eatre.<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Agence Ecofin&nbsp;:&nbsp;L\u2019Afrique Fait Son Cin\u00e9ma arrive \u00e0 sa huiti\u00e8me \u00e9dition. Qu\u2019est-ce qui a le plus profond\u00e9ment chang\u00e9 entre les d\u00e9buts du festival et ce qu\u2019il est devenu aujourd\u2019hui\u202f?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Blaise Pascal Tanguy&nbsp;:&nbsp;<\/strong>En 2019, sur les Champs-\u00c9lys\u00e9es, nous faisions un festival de projection. On montrait des films, on remettait des prix, et les cin\u00e9astes repartaient avec un troph\u00e9e et rien d\u2019autre. Ce que j\u2019ai compris depuis, et qui a tout chang\u00e9, c\u2019est que le probl\u00e8me du cin\u00e9ma africain et carib\u00e9en n\u2019est pas le talent. Le talent, nous en recevons la preuve chaque ann\u00e9e. Le probl\u00e8me, ce sont les canaux. Un film peut \u00eatre excellent et ne jamais sortir de son pays, parce que personne ne l\u2019ach\u00e8te, personne ne le distribue, et personne ne finance le suivant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le festival a donc cess\u00e9 d\u2019\u00eatre une vitrine. Nous y avons adoss\u00e9 un march\u00e9, un hub de coproduction qui fonctionne toute l\u2019ann\u00e9e, une infrastructure juridique sur place, des masterclasses sur le plan du financement plut\u00f4t que sur l\u2019inspiration. Nous sommes pass\u00e9s de montrer \u00e0 faire circuler.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le second changement est interne, et moins visible&nbsp;: nous nous sommes structur\u00e9s en huit d\u00e9partements, comme un plateau de tournage. Un festival qui grandit sans organisation ne devient pas un grand festival, il devient une addition d\u2019\u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Agence Ecofin&nbsp;:&nbsp;Cette \u00e9dition est plac\u00e9e sous le th\u00e8me \u00ab&nbsp;L\u2019imaginaire ne se programme pas \u2014 Raconter demain&nbsp;: nos histoires \u00e0 l\u2019\u00e8re de l\u2019intelligence artificielle&nbsp;\u00bb. Que raconte ce choix sur l\u2019\u00e9volution actuelle des cin\u00e9mas africains et carib\u00e9ens\u202f?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Blaise Pascal Tanguy&nbsp;:&nbsp;<\/strong>Le titre a un double sens que j\u2019assume&nbsp;: on programme du code, et on programme aussi un festival. Ce qui est mis en salle rel\u00e8ve d\u2019une d\u00e9cision humaine, pas d\u2019un calcul d\u2019audience.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le fond, c\u2019est la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire du cin\u00e9ma qu\u2019une r\u00e9volution technique n\u2019arrive pas chez nous avec quinze ans de retard. Le son, la couleur, le num\u00e9rique&nbsp;: \u00e0 chaque fois, le continent a re\u00e7u l\u2019outil quand ailleurs on s\u2019en \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 lass\u00e9. L\u2019intelligence artificielle, elle, arrive partout en m\u00eame temps. Un jeune r\u00e9alisateur de Dschang et un studio de Los Angeles ouvrent le m\u00eame logiciel le m\u00eame jour. C\u2019est une situation in\u00e9dite, et il aurait \u00e9t\u00e9 absurde de faire un festival de cin\u00e9ma africain en 2026 en parlant d\u2019autre chose.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais l\u2019\u00e9galit\u00e9 d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019outil ne fait pas l\u2019\u00e9galit\u00e9. Ces mod\u00e8les ont \u00e9t\u00e9 entra\u00een\u00e9s ailleurs, sur des archives o\u00f9 nous sommes tr\u00e8s peu pr\u00e9sents, et o\u00f9, quand nous le sommes, nous avons \u00e9t\u00e9 film\u00e9s par d\u2019autres. Demandez \u00e0 une machine l\u2019image d\u2019un village africain&nbsp;: elle vous rendra le clich\u00e9 de celui qui l\u2019a nourrie. Si nous ne produisons pas nos propres images en quantit\u00e9, nous serons repr\u00e9sent\u00e9s par des machines qui ont appris l\u2019Afrique dans les archives des autres. C\u2019est une question de souverainet\u00e9 narrative, pas une question de gadget.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On me dit qu\u2019il y a une contradiction \u00e0 \u00e9crire \u00ab&nbsp;l\u2019imaginaire ne se programme pas&nbsp;\u00bb tout en cr\u00e9ant une cat\u00e9gorie de films r\u00e9alis\u00e9s avec l\u2019IA. Il n\u2019y en a pas, et c\u2019est m\u00eame le c\u0153ur de notre position&nbsp;: l\u2019outil n\u2019est pas l\u2019auteur. Nous r\u00e9compenserons peut-\u00eatre un film largement g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par une machine, mais nous r\u00e9compenserons celui qui a d\u00e9cid\u00e9 quoi raconter, pas celui qui a tap\u00e9 la meilleure requ\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Agence Ecofin&nbsp;:&nbsp;Vous avez re\u00e7u plus de 300 candidatures. Quelles nouvelles voix, tendances ou pr\u00e9occupations cherchez-vous \u00e0 faire \u00e9merger dans la s\u00e9lection de 2026\u202f?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Blaise Pascal Tanguy&nbsp;:&nbsp;<\/strong>Nous avons re\u00e7u plus de 300 films. La s\u00e9lection officielle, annonc\u00e9e cette semaine, en retient 46, venus de 25 pays. Ce chiffre-l\u00e0 est le plus parlant&nbsp;: ce n\u2019est pas le nombre de films qui compte, c\u2019est le nombre de territoires qui se retrouvent dans la m\u00eame salle pendant dix jours.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce corpus, trois choses m\u2019int\u00e9ressent, et je les cite dans l\u2019ordre d\u2019importance que je leur donne. D\u2019abord les deuxi\u00e8mes films. Tout le monde c\u00e9l\u00e8bre le premier film\u202f; presque personne ne s\u2019occupe du deuxi\u00e8me, qui est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019endroit o\u00f9 les carri\u00e8res se brisent. Un r\u00e9alisateur qui a r\u00e9ussi son premier long m\u00e9trage sans structure de production derri\u00e8re lui met souvent six ans \u00e0 en faire un autre, ou n\u2019en fait jamais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ensuite, sortir du couloir franco-africain. Nos \u00e9ditions ont longtemps \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s francophones, par gravit\u00e9 naturelle&nbsp;: nous sommes \u00e0 Paris. Or les cin\u00e9matographies les plus dynamiques aujourd\u2019hui sont anglophones et lusophones, et la Cara\u00efbe ne se limite pas aux Antilles fran\u00e7aises. \u00c9largir cette base est un travail lent, qui se fait en allant chercher les films l\u00e0 o\u00f9 ils sont, pas en attendant qu\u2019ils viennent \u00e0 nous.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, le cin\u00e9ma de genre. Le polar, le fantastique, la com\u00e9die populaire, la s\u00e9rie. On attend encore trop souvent d\u2019un film africain qu\u2019il documente une mis\u00e8re ou qu\u2019il explique un continent. Les publics africains, eux, veulent d\u2019abord \u00eatre divertis par des histoires qui leur ressemblent. C\u2019est aussi le seul terrain sur lequel une \u00e9conomie du cin\u00e9ma peut se construire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Agence Ecofin&nbsp;:&nbsp;Le programme associe d\u00e9sormais le cin\u00e9ma \u00e0 la musique, \u00e0 la mode, \u00e0 la gastronomie et aux rencontres professionnelles. Comment faites-vous de cette diversit\u00e9 une force sans perdre le cin\u00e9ma comme centre de gravit\u00e9\u202f?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Blaise Pascal Tanguy&nbsp;:&nbsp;<\/strong>Le risque que vous nommez est r\u00e9el et je ne vais pas pr\u00e9tendre qu\u2019il est r\u00e9gl\u00e9. Un festival qui empile les univers finit en catalogue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous nous appliquons deux r\u00e8gles. La premi\u00e8re&nbsp;: rien n\u2019entre au programme s\u2019il ne se rattache pas \u00e0 un m\u00e9tier du film. La mode entre par le costume, qui est un poste de tournage. La musique entre par la composition et l\u2019\u00e9dition musicale, qui est aussi le premier motif d\u2019invendabilit\u00e9 des films ind\u00e9pendants africains, faute de droits correctement d\u00e9gag\u00e9s. La gastronomie entre par ce qu\u2019elle dit des territoires que nous projetons. Le cin\u00e9ma est un art total&nbsp;: ce n\u2019est pas une posture, c\u2019est une liste de m\u00e9tiers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La seconde r\u00e8gle est plus dure&nbsp;: chaque discipline doit produire une rencontre professionnelle, pas seulement une ambiance. Un d\u00e9fil\u00e9 qui ne d\u00e9bouche sur rien est une d\u00e9coration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et quand il faut arbitrer, on arbitre. Le cin\u00e9ma est le tronc, le reste ce sont des branches. Une branche qui prend plus de lumi\u00e8re que le tronc, on la coupe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Agence Ecofin&nbsp;:&nbsp;Au-del\u00e0 des projections, votre march\u00e9 doit r\u00e9unir producteurs, diffuseurs et plateformes pendant quatre jours. Quels r\u00e9sultats concrets souhaitez-vous obtenir pour les cin\u00e9astes s\u00e9lectionn\u00e9s\u202f?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Blaise Pascal Tanguy&nbsp;:&nbsp;<\/strong>Je pr\u00e9f\u00e8re r\u00e9pondre par des objets que par des intentions. Ce que je veux voir sortir de ces quatre jours \u00e0 l\u2019EICAR, ce sont des documents&nbsp;: lettres d\u2019intention, deal memos, pr\u00e9achats, accords de coproduction sur des projets en d\u00e9veloppement. C\u2019est la raison pour laquelle il y a une infrastructure juridique sur place. La diff\u00e9rence entre un march\u00e9 et un cocktail de networking tient \u00e0 \u00e7a&nbsp;: on n\u2019en repart pas avec une carte de visite, on en repart avec un papier sign\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur les territoires, l\u2019urgence n\u2019est pas la vente \u00e0 une plateforme mondiale, contrairement \u00e0 ce qu\u2019on croit. L\u2019urgence, c\u2019est la circulation entre nous. Un producteur de Lagos et un producteur de Fort-de-France ne se rencontrent presque jamais, et quand ils se rencontrent, c\u2019est \u00e0 Paris ou \u00e0 Toronto, toujours par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019un tiers. Un film ivoirien qui sort en C\u00f4te d\u2019Ivoire et nulle part ailleurs en Afrique, c\u2019est une anomalie \u00e9conomique que personne ne corrige. Faire acheter un film s\u00e9n\u00e9galais par un diffuseur k\u00e9nyan, ou un film ha\u00eftien par une cha\u00eene ouest-africaine, a plus d\u2019effet sur la vie d\u2019un producteur qu\u2019une ligne de plus dans un palmar\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le paysage s\u2019est concentr\u00e9 tr\u00e8s vite, et les plateformes mondiales ont r\u00e9duit leurs commandes de contenus originaux africains. Quand les guichets se referment, la coproduction entre nos territoires cesse d\u2019\u00eatre une belle id\u00e9e pour devenir une n\u00e9cessit\u00e9 comptable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dernier point, et c\u2019est un engagement que je prends&nbsp;: nous mesurerons. Un march\u00e9 qui ne publie pas ce que ses participants ont conclu \u00e0 six et douze mois demande qu\u2019on le croie sur parole. Ce n\u2019est pas une industrie, c\u2019est de la communication.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Agence Ecofin&nbsp;:&nbsp;Vous cr\u00e9ez des cat\u00e9gories consacr\u00e9es aux films r\u00e9alis\u00e9s avec l\u2019intelligence artificielle et avec un smartphone. Que r\u00e9v\u00e8lent ces nouveaux formats sur les possibilit\u00e9s de cr\u00e9ation et sur les transformations du m\u00e9tier de cin\u00e9aste en Afrique\u202f?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Blaise Pascal Tanguy&nbsp;:&nbsp;<\/strong>Ce ne sont pas des cat\u00e9gories gadgets. Elles d\u00e9crivent des conditions de production r\u00e9elles. Un cin\u00e9aste qui n\u2019a acc\u00e8s \u00e0 aucun fonds, \u00e0 aucun mat\u00e9riel, et qui tourne avec ce qu\u2019il a dans la poche, ne fait pas un choix esth\u00e9tique&nbsp;: il fait le seul film qu\u2019il peut faire. Notre travail est de le regarder avec la m\u00eame exigence que les autres, pas de le classer dans une cat\u00e9gorie consolation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce que ces formats transforment, c\u2019est l\u2019endroit o\u00f9 se situe la difficult\u00e9. Pendant trente ans, le goulot d\u2019\u00e9tranglement du cin\u00e9ma africain a \u00e9t\u00e9 technique&nbsp;: la cam\u00e9ra, la pellicule, le laboratoire, le mixage. Il se d\u00e9place. Demain, ce qui distinguera un film d\u2019un autre ne sera plus la qualit\u00e9 de l\u2019image, puisque tout le monde disposera de la m\u00eame. Ce sera ce qu\u2019on a \u00e0 dire, et la capacit\u00e9 \u00e0 prot\u00e9ger juridiquement ce qu\u2019on a fait. C\u2019est pour cela que nos masterclasses portent sur la cha\u00eene des droits et le plan de financement, pas sur le mat\u00e9riel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faut aussi nommer ce que ces outils d\u00e9truisent. Le clonage vocal met directement en danger les com\u00e9diens de doublage et de voix, qui sont une profession install\u00e9e sur le continent. Je ne vais pas c\u00e9l\u00e9brer l\u2019outil en faisant semblant que cette partie n\u2019existe pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Notre r\u00e8gle est donc simple&nbsp;: nous accueillons ces films, nous demandons une d\u00e9claration des outils utilis\u00e9s, et nous jugeons l\u2019intention avant la prouesse. Le danger n\u2019est pas que les cin\u00e9astes africains utilisent l\u2019intelligence artificielle. C\u2019est qu\u2019ils soient les derniers \u00e0 y avoir acc\u00e8s et les premiers \u00e0 \u00eatre remplac\u00e9s par elle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Agence Ecofin&nbsp;:&nbsp;Le festival se d\u00e9roule \u00e0 Paris, mais porte une ambition africaine et carib\u00e9enne. Comment faire en sorte que cette visibilit\u00e9 internationale produise des retomb\u00e9es durables pour les talents et les industries des pays repr\u00e9sent\u00e9s\u202f?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Blaise Pascal Tanguy&nbsp;:&nbsp;<\/strong>C\u2019est la critique la plus l\u00e9gitime qu\u2019on puisse nous adresser, et je l\u2019accepte. Un festival parisien peut fabriquer dix jours d\u2019attention et ne rien laisser derri\u00e8re lui. Beaucoup l\u2019ont fait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quatre r\u00e9ponses concr\u00e8tes. Le hub de coproduction fonctionne toute l\u2019ann\u00e9e et pas seulement en novembre, ce qui change la nature de la relation avec les porteurs de projets. Le suivi des films s\u00e9lectionn\u00e9s se poursuit \u00e0 douze mois&nbsp;: ce qu\u2019ils sont devenus, o\u00f9 ils sont sortis, ce qu\u2019ils ont vendu. Le replay prolonge la vie du film au-del\u00e0 de la salle, y compris pour des publics du continent qui n\u2019auraient jamais pu le voir. Et nous travaillons avec les \u00e9coles, parce que la seule retomb\u00e9e vraiment durable est une g\u00e9n\u00e9ration de professionnels form\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais il faut aussi dire ce que personne ne dit. Le premier obstacle n\u2019est ni artistique ni financier, il est administratif. Un cin\u00e9aste s\u00e9lectionn\u00e9 qui n\u2019obtient pas son visa Schengen ne rencontre personne, ne vend rien, et sa s\u00e9lection ne lui rapporte qu\u2019une ligne sur un CV. Nous montons chaque ann\u00e9e des dossiers d\u2019invitation, film par film, pour des refus qui restent fr\u00e9quents. C\u2019est une part invisible de notre travail et un scandale silencieux du secteur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9tape suivante est la d\u00e9centralisation&nbsp;: que le march\u00e9 ait des antennes sur le continent et dans la Cara\u00efbe. Tant que tout se d\u00e9cide \u00e0 Paris, nous restons un guichet de plus. Ce n\u2019est pas ce que je veux construire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec Agence Ecofin<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0La 8e \u00e9dition de L\u2019Afrique Fait Son Cin\u00e9ma se tiendra du 5 au 14 novembre 2026 \u00e0 l\u2019EICAR Paris en France. Au programme 46 films retenus sur plus de 300 re\u00e7us, 25 pays, \u00ab\u00a0The Market\u00a0\u00bb, un march\u00e9 professionnel de quatre jours, et deux cat\u00e9gories in\u00e9dites consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019intelligence artificielle et au film tourn\u00e9 au smartphone. 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