{"id":75047,"date":"2026-07-15T16:57:01","date_gmt":"2026-07-15T15:57:01","guid":{"rendered":"https:\/\/www.africanchallenges.com\/?p=75047"},"modified":"2026-07-15T16:57:03","modified_gmt":"2026-07-15T15:57:03","slug":"les-algeriens-du-levant-quand-un-historien-fait-surgir-un-continent-oublie-de-lhistoire-mediterraneenne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.africanchallenges.com\/?p=75047","title":{"rendered":"\u00ab Les Alg\u00e9riens du Levant \u00bb quand un historien fait surgir un continent oubli\u00e9 de l\u2019histoire m\u00e9diterran\u00e9enne"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec \u00ab Exils alg\u00e9riens au Levant. L\u2019histoire de la famille Mograby, entre migration, m\u00e9moire et identit\u00e9 effac\u00e9e \u00bb, publi\u00e9 aux \u00c9ditions L\u2019Harmattan, Abdallah S. Mograby rouvre un chapitre longtemps demeur\u00e9 aux marges de l\u2019historiographie, celui des Alg\u00e9riens partis vers la Palestine, la Syrie, le Liban et la Jordanie \u00e0 la suite de la conqu\u00eate coloniale fran\u00e7aise. \u00c0 travers une enqu\u00eate o\u00f9 se croisent archives, m\u00e9moire familiale et histoire politique, l\u2019auteur \u00e9claire une g\u00e9ographie oubli\u00e9e de l\u2019exil alg\u00e9rien et fait appara\u00eetre, derri\u00e8re le destin d\u2019une famille, tout un pan m\u00e9connu de l\u2019histoire contemporaine du Maghreb et du Levant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est des livres qui ne se contentent pas d\u2019ajouter une page \u00e0 l\u2019histoire connue. Ils en d\u00e9placent les lignes, en interrogent les angles morts, en rouvrent les silences. L\u2019ouvrage d\u2019Abdallah S. Mograby appartient \u00e0 cette cat\u00e9gorie rare. Sous l\u2019apparence d\u2019une enqu\u00eate familiale consacr\u00e9e \u00e0 la trajectoire des Mograby, l\u2019auteur met au jour une histoire plus vaste, plus enfouie, presque absente des r\u00e9cits nationaux, celle des Alg\u00e9riens du Levant, ces femmes et ces hommes qui, \u00e0 partir du XIX\u1d49 si\u00e8cle, quitt\u00e8rent une Alg\u00e9rie boulevers\u00e9e par la conqu\u00eate fran\u00e7aise pour chercher refuge dans les territoires de l\u2019Empire ottoman, puis dans les soci\u00e9t\u00e9s tourment\u00e9es du Proche-Orient moderne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019histoire alg\u00e9rienne a longtemps \u00e9t\u00e9 pens\u00e9e selon deux grands axes : celui de la colonisation fran\u00e7aise et celui de l\u2019\u00e9migration vers la France. Dans cette lecture, la M\u00e9diterran\u00e9e appara\u00eet souvent comme un espace orient\u00e9 vers le nord, vers Marseille, Paris, les usines, les foyers de travailleurs, les luttes anticoloniales et les m\u00e9moires de l\u2019immigration. Mais une autre direction existe, moins \u00e9tudi\u00e9e, moins racont\u00e9e, presque effac\u00e9e : celle qui m\u00e8ne vers l\u2019est, vers la Palestine, la Syrie, le Liban, la Jordanie, ce vaste ensemble que l\u2019on nommait autrefois le Bilad al-Cham, les Pays du Levant ou la Grande Syrie historique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est cette route oubli\u00e9e qu\u2019Abdallah S. Mograby entreprend de restituer. Non comme une simple curiosit\u00e9 g\u00e9n\u00e9alogique, mais comme une voie essentielle pour comprendre autrement l\u2019histoire des d\u00e9placements alg\u00e9riens, des appartenances bris\u00e9es et des identit\u00e9s reconstruites. Car ces exils ne furent pas de simples migrations. Ils furent souvent la cons\u00e9quence de ruptures profondes : d\u00e9possession fonci\u00e8re, bouleversement des structures sociales, perte des rep\u00e8res juridiques et religieux, refus intime de l\u2019ordre colonial. En quittant l\u2019Alg\u00e9rie, ces familles ne disparaissaient pas de l\u2019histoire. Elles entraient dans une autre histoire, o\u00f9 leur m\u00e9moire allait pourtant devenir de plus en plus difficile \u00e0 saisir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019originalit\u00e9 du livre tient d\u2019abord \u00e0 cette intuition. Les Alg\u00e9riens du Levant ne sont pas une note de bas de page. Ils constituent un ph\u00e9nom\u00e8ne historique \u00e0 part enti\u00e8re, inscrit dans les circulations m\u00e9diterran\u00e9ennes, les recompositions imp\u00e9riales et les fractures du monde arabe contemporain. \u00c0 travers eux se lisent les effets de la colonisation fran\u00e7aise en Alg\u00e9rie, les dynamiques d\u2019accueil de l\u2019Empire ottoman, les transformations du Levant sous mandat britannique et fran\u00e7ais, puis le choc de la Nakba de 1948. Le parcours de la famille Mograby devient ainsi une sorte de fil d\u2019Ariane reliant Mascara \u00e0 Ha\u00effa, Ha\u00effa \u00e0 Sa\u00efda, l\u2019Alg\u00e9rie colonis\u00e9e \u00e0 la Palestine perdue, la m\u00e9moire familiale \u00e0 la grande histoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui frappe, dans cette d\u00e9marche, c\u2019est la patience de l\u2019enqu\u00eate. Abdallah S. Mograby ne se contente pas de recueillir des souvenirs. Il les confronte \u00e0 des archives, les \u00e9prouve, les replace dans des contextes politiques et juridiques pr\u00e9cis. Documents familiaux, registres consulaires, actes de propri\u00e9t\u00e9, sources ottomanes, archives fran\u00e7aises, anglaises et arabes, l\u2019auteur avance dans un territoire documentaire morcel\u00e9, o\u00f9 chaque trace compte, o\u00f9 chaque nom retrouv\u00e9 devient une preuve contre l\u2019effacement. \u00c0 ce titre, son travail ne rel\u00e8ve pas seulement de la m\u00e9moire. Il rel\u00e8ve d\u2019une v\u00e9ritable arch\u00e9ologie historique<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette arch\u00e9ologie est d\u2019autant plus pr\u00e9cieuse qu\u2019elle touche \u00e0 des populations longtemps prises dans des zones grises. Les Alg\u00e9riens install\u00e9s au Levant furent parfois sujets ottomans, parfois prot\u00e9g\u00e9s fran\u00e7ais, parfois assimil\u00e9s \u00e0 des Nord-Africains sans distinction pr\u00e9cise, parfois absorb\u00e9s dans les soci\u00e9t\u00e9s locales jusqu\u2019\u00e0 devenir presque invisibles comme groupe identifiable. Leur histoire s\u2019est dispers\u00e9e dans plusieurs langues, plusieurs administrations, plusieurs syst\u00e8mes juridiques. Elle ne se trouve jamais dans un seul lieu. Il faut la reconstituer en traversant les fronti\u00e8res, les langues, les archives, mais aussi les silences. Dans cette perspective, \u00ab Exils alg\u00e9riens au Levant \u00bb n\u2019est pas seulement le r\u00e9cit d\u2019une famille. C\u2019est un livre sur la mani\u00e8re dont l\u2019histoire se perd. Et sur la mani\u00e8re dont elle peut \u00eatre retrouv\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il arrive parfois qu\u2019un historien entreprenne une recherche pour r\u00e9pondre \u00e0 une question intime, avant de d\u00e9couvrir que cette interrogation d\u00e9passe largement le cadre de sa propre famille. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui semble \u00eatre arriv\u00e9 \u00e0 Abdallah S. Mograby.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 premi\u00e8re vue, \u00ab Exils alg\u00e9riens au Levant \u00bb pourrait appara\u00eetre comme l\u2019histoire d\u2019une lign\u00e9e familiale. Celle des Mograby, dont les racines plongent dans l\u2019Alg\u00e9rie du XIX\u1d49 si\u00e8cle avant de se prolonger en Palestine, puis au Liban \u00e0 la suite de la Nakba. Pourtant, d\u00e8s les premi\u00e8res pages, le lecteur comprend que l\u2019auteur poursuit une ambition infiniment plus vaste. Derri\u00e8re le destin d\u2019une famille se dessine progressivement celui de milliers d\u2019autres, emport\u00e9es par les m\u00eames bouleversements politiques, les m\u00eames violences coloniales, les m\u00eames d\u00e9placements contraints. Cette d\u00e9marche rappelle que les grandes d\u00e9couvertes historiques naissent souvent d\u2019une enqu\u00eate minutieuse sur un territoire apparemment limit\u00e9. \u00c0 partir d\u2019un village, d\u2019une communaut\u00e9, d\u2019un individu ou d\u2019une famille, l\u2019historien parvient parfois \u00e0 restituer les m\u00e9canismes profonds d\u2019une \u00e9poque. Ce passage du particulier au collectif constitue l\u2019une des r\u00e9ussites majeures de l\u2019ouvrage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le parcours personnel d\u2019Abdallah S. Mograby explique en partie cette sensibilit\u00e9 aux trajectoires de l\u2019exil. N\u00e9 au Liban au sein d\u2019une famille alg\u00e9rienne install\u00e9e depuis plusieurs g\u00e9n\u00e9rations au Levant, il grandit dans un univers o\u00f9 la m\u00e9moire circule d\u2019abord par la parole. Les r\u00e9cits des anciens, les noms des villes perdues, les souvenirs de Ha\u00effa, les \u00e9vocations de Mascara composent tr\u00e8s t\u00f4t une g\u00e9ographie affective qui ne correspond \u00e0 aucune fronti\u00e8re politique contemporaine. Plus tard, install\u00e9 en Australie, o\u00f9 il obtient un doctorat en \u00e9conomie avant d\u2019exercer comme chercheur et consultant en politiques publiques entre Sydney et les \u00c9mirats arabes unis, il porte sur cette m\u00e9moire un regard nouveau : celui d\u2019un chercheur form\u00e9 aux m\u00e9thodes de l\u2019analyse, mais conscient que certaines v\u00e9rit\u00e9s historiques \u00e9chappent aux seules statistiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette double culture, scientifique et m\u00e9morielle, irrigue toute son \u0153uvre. Elle explique \u00e9galement la singularit\u00e9 de son regard. L\u00e0 o\u00f9 d\u2019autres auraient pu se satisfaire d\u2019un r\u00e9cit familial, Abdallah S. Mograby entreprend une v\u00e9ritable enqu\u00eate historique. Pendant de longues ann\u00e9es, il collecte patiemment des documents dispers\u00e9s entre plusieurs continents, confronte les traditions orales aux archives administratives, compare les registres consulaires, les actes de propri\u00e9t\u00e9, les archives religieuses et les correspondances diplomatiques. Peu \u00e0 peu, les fragments \u00e9pars d\u2019une m\u00e9moire familiale prennent place dans une histoire beaucoup plus vaste, celle des migrations alg\u00e9riennes vers les provinces arabes de l\u2019Empire ottoman.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette m\u00e9thode constitue sans doute l\u2019une des grandes qualit\u00e9s du livre. L\u2019auteur ne cherche jamais \u00e0 faire de sa famille une exception. Au contraire, il la consid\u00e8re comme un observatoire privil\u00e9gi\u00e9 permettant de comprendre un ph\u00e9nom\u00e8ne historique demeur\u00e9 largement invisible. Les Mograby deviennent ainsi les repr\u00e9sentants d\u2019une histoire collective, longtemps dissoute dans les r\u00e9cits nationaux de plusieurs \u00c9tats.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Source : Communiqu\u00e9<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec \u00ab Exils alg\u00e9riens au Levant. L\u2019histoire de la famille Mograby, entre migration, m\u00e9moire et identit\u00e9 effac\u00e9e \u00bb, publi\u00e9 aux \u00c9ditions L\u2019Harmattan, Abdallah S. Mograby rouvre un chapitre longtemps demeur\u00e9 aux marges de l\u2019historiographie, celui des Alg\u00e9riens partis vers la Palestine, la Syrie, le Liban et la Jordanie \u00e0 la suite de la conqu\u00eate coloniale [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":75048,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"content-type":"","jnews-multi-image_gallery":[],"jnews_single_post":{"format":"standard"},"jnews_primary_category":[],"jnews_override_bookmark_settings":[],"jnews_review":[],"enable_review":"","type":"","name":"","summary":"","brand":"","sku":"","good":[],"bad":[],"score_override":"","override_value":"","rating":[],"price":[],"jnews_post_split":[],"footnotes":""},"categories":[17],"tags":[19025,5085,19023,19024],"class_list":["post-75047","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-entertainment","tag-abdallah-s-mograby","tag-algeriens","tag-levant","tag-mediterraneenne"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.africanchallenges.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/75047","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.africanchallenges.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.africanchallenges.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.africanchallenges.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.africanchallenges.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=75047"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.africanchallenges.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/75047\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":75049,"href":"https:\/\/www.africanchallenges.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/75047\/revisions\/75049"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.africanchallenges.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/75048"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.africanchallenges.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=75047"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.africanchallenges.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=75047"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.africanchallenges.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=75047"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}