Face à une intégration régionale encore insuffisante pour accompagner la transformation économique et à des vulnérabilités extérieures persistantes en Afrique du Nord, la Tunisie appelle à une approche plus ancrée dans les réalités du terrain dans la future stratégie d’intégration régionale élaborée par la Banque africaine de développement (BAD).
Alors que la région s’apprête à finaliser la stratégie 2020-2026, la BAD a organisé mardi à Tunis un atelier de consultations consacré à la préparation du futur Document de stratégie d’intégration régionale pour l’Afrique du Nord (DSIR-NA) 2027-2033, afin de recueillir les propositions et priorités tunisiennes.
À cette occasion, le directeur général de la coopération africaine au ministère de l’Économie et de la Planification, Tarek Bouhlel, a présenté une série de recommandations visant à renforcer l’efficacité et la résilience de cette future feuille de route.
Il a d’abord insisté sur la nécessité d’adapter la stratégie aux mutations économiques et géopolitiques actuelles. Malgré une croissance du PIB estimée à 4,2 % en 2025, la région reste exposée à des chocs externes récurrents, à des difficultés d’accès au financement et à une hausse de son coût, dans un contexte marqué par l’accélération technologique et la transformation rapide des marchés.
Dans ce cadre, il a plaidé pour un renforcement de la souveraineté financière africaine et une approche fondée sur le principe du « compter sur soi », tout en appelant à faire évoluer les priorités actuelles, notamment en matière de connectivité et de commerce intra-régional, vers des solutions plus innovantes et adaptées aux nouveaux défis technologiques.
Sa deuxième recommandation porte sur l’ancrage institutionnel de la future stratégie au sein de la BAD. Il a souligné l’importance de la Nouvelle Architecture Financière Africaine de Développement, en mettant en avant trois leviers essentiels : le développement des mécanismes de partage des risques, la transition vers des plateformes d’investissement structurantes plutôt que des projets isolés, et une meilleure mobilisation de l’épargne locale ainsi que des transferts de la diaspora.
Enfin, Tarek Bouhlel a mis en avant le rôle stratégique de la Tunisie dans la dynamique d’intégration régionale et continentale. Grâce à son adhésion au COMESA, son engagement dans la ZLECAf et la diversité de son tissu industriel, notamment dans les secteurs pharmaceutique et agroalimentaire, la Tunisie se positionne comme un hub économique capable de relier l’Afrique du Nord au reste du continent, voire au-delà.
De son côté, la directrice générale adjointe pour l’Afrique du Nord et responsable pays pour la Tunisie à la BAD, Malinne Blomberg, a rappelé que dans un contexte mondial instable, l’intégration régionale constitue un levier stratégique pour renforcer les échanges, élargir les marchés et stimuler la création d’emplois.
Elle a notamment souligné le potentiel des entreprises tunisiennes dans plusieurs secteurs clés tels que l’agro-industrie, le textile, les industries électriques, les matériaux de construction, la pharmacie, le numérique et l’ingénierie, qui pourraient bénéficier d’un meilleur accès aux marchés africains.
Selon elle, le développement de corridors de transport efficaces, de plateformes logistiques performantes et l’harmonisation des procédures commerciales permettraient de réduire les coûts, d’accélérer les exportations et d’attirer davantage d’investissements.
Elle a également insisté sur l’impact social de cette dynamique, notamment en matière de création d’emplois qualifiés pour les jeunes dans les secteurs de la logistique, de l’industrie, du numérique et des services liés à l’export.
Enfin, l’atelier a permis de dresser un état des lieux de la stratégie 2020-2026, mettant en évidence plusieurs limites : une intégration commerciale et financière encore faible, des cadres réglementaires insuffisamment harmonisés, une connectivité transfrontalière à renforcer, ainsi qu’une mobilisation des financements régionaux encore limitée.
Les participants ont également souligné la nécessité de renforcer la gouvernance régionale, d’améliorer la coordination économique et de mieux valoriser le capital humain pour soutenir une intégration plus efficace et durable en Afrique du Nord.
















































