La Banque Centrale de Tunisie (BCT) a récemment publié la circulaire n° 2026-4, qui inclut désormais les véhicules de tourisme dans la liste des produits non prioritaires. Pour les concessionnaires tunisiens, cette décision est la plus structurante de la circulaire et risque de modifier profondément l’équation économique de leur activité. Pour les sociétés de leasing, les effets pourraient également se révéler difficiles à gérer.
Un marché encore en croissance
Le marché tunisien des véhicules particuliers neufs a montré de bons résultats en janvier-février 2026, avec 8 889 immatriculations, soit une progression de +7,5 % par rapport à la même période en 2025. Hyundai domine le segment avec 1 117 unités vendues (+35,7 %), tandis que les marques chinoises représentent désormais 22,5 % du marché, avec un record de 2 003 véhicules vendus. Toutes catégories confondues, y compris les 4 515 ré-immatriculations du Grey Market, le marché total atteint 13 404 véhicules sur deux mois.
Un mécanisme de financement bouleversé
La circulaire impose désormais le dépôt préalable à 100 % pour l’ouverture de crédits documentaires ou d’avances bancaires destinées à l’importation de véhicules. Concrètement, un stock mensuel moyen de 4 400 véhicules à 80 000 DT pièce nécessite 250 à 300 millions de dinars tunisiens immobilisés avant même la livraison.
L’impact varie selon les opérateurs :
Les grands groupes ou concessionnaires soutenus par des banques disposent de fonds propres suffisants pour absorber le choc, malgré une immobilisation importante et des délais d’approvisionnement plus longs.
Les petits et moyens concessionnaires, souvent dépendants du crédit bancaire, risquent une interruption quasi totale de leurs importations, faute de trésorerie suffisante.
Dans tous les cas, l’acheteur final pourrait subir une hausse des prix, rendant certaines voitures moins accessibles, juste avant la saison touristique.
Le risque du Grey Market
La mesure pourrait favoriser le Grey Market, qui représente déjà 33,7 % du marché total avec les véhicules ré-immatriculés provenant de l’étranger. Ces véhicules échappent à la circulaire, ce qui crée un avantage concurrentiel structurel et un manque à gagner fiscal estimé à plus de 215 MDT par an.
Des effets différenciés selon les marques
Les marques chinoises, avec des prix unitaires inférieurs (45 000 à 55 000 DT), sont moins pénalisées que les véhicules premium européens ou japonais (90 000 à 120 000 DT). Cette mesure pourrait accélérer la « chinoïsation » du marché, déjà perceptible depuis quelques années.
Pas de mesures d’accompagnement
La circulaire ne prévoit aucun filet de sécurité pour les concessionnaires, aucun soutien aux stocks existants, ni période de transition. Elle privilégie la préservation des réserves en devises au détriment de la continuité de la distribution.
Les concessionnaires restent prudents
Pour l’instant, les concessionnaires et Leasers gardent le silence, évaluant les impacts avant toute réaction officielle. Certains estiment que les grands concessionnaires s’adapteront, tandis que les petits nouveaux pourraient rencontrer des difficultés, mais le marché reste globalement rentable pour les véhicules en forte demande.
Source : BCT (circulaire n° 2026-4)












































